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Recension parue dans le N°424 de mai 2004

Analyser les situations éducatives

Yveline Fumat, Claude Vincens, Richard Étienne, ESF éditeur, 2003

5 mai 2004


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La première question qui se pose est : pourquoi « Analyse des situations éducatives », et pas « Analyse des pratiques professionnelles », selon la formule qui est maintenant reconnue par tous ? Question plus pertinente encore quand on connaît Yveline Fumat, Claude Vincens et Richard Étienne, membres éminents du « groupe de Montpellier », pionnier en France de cette nouvelle approche.
Philippe Perrenoud dans l’introduction établit le distinguo en écrivant « L’analyse des situations n’est pas encore une analyse des pratiques, mais elle y conduit. » Je crains d’être irrévérencieux, mais je ne suis pas d’accord : l’analyse des situations éducatives telle qu’elle est décrite dans ce livre est beaucoup plus qu’un simple préalable susceptible de donner des matériaux bruts à un traitement plus poussé et subtil qui les raffinerait. Pour avoir entendu Michel Tozzi, autre membre du fameux groupe, le préciser nettement, je pense que ces deux analyses correspondent à deux approches différentes et irréductibles l’une à l’autre, deux paradigmes. La première, extérieure et rationnelle, vise à l’instauration d’objets de connaissance universels ; la deuxième, compréhensive et menée de l’intérieur, édifie des sujets dans leur singularité. La formulation choisie pour le titre permet donc de lever l’ambiguïté que l’on ressent fortement quand on essaie de promouvoir l’analyse des pratiques selon le deuxième paradigme face à des gens qui n’ont que le premier en tête. Nous avons dans l’équipe de formateurs à l’analyse de pratiques de l’IUFM d’Amiens ressenti le même besoin et suivi la même démarche en modifiant l’intitulé de nos stages pour arriver à : « Analyse de situations vécues ».
Pour illustrer cette démarche, les auteurs ont choisi de mener l’étude approfondie du GEASE. Un autre titre de ce livre aurait d’ailleurs pu être : « Petit manuel pratique et théorique du GEASE ».
Pour ceux qui l’ignorent encore, le GEASE (groupe d’entraînement à l’analyse des situations éducatives) est l’outil principal de formation à l’analyse de pratiques imaginé et mis en œuvre par le groupe de Montpellier. C’est un dispositif d’analyse en groupe de situations vécues et évoquées par les participants, organisé en un certain nombre d’étapes rigoureusement cadrées. L’ensemble quand on le vit pour la première fois peut paraître à la fois simple, voire simpliste et abusivement codifié, presque ritualisé. À l’expérience, on se rend compte de l’extrême richesse du dispositif, liée à sa très grande fonctionnalité. Le GEASE, c’est comme ces rares objets techniques particulièrement bien pensés et réalisés : tout va tellement de soi que l’on n’imagine pas la très grande sophistication des rouages qui les meuvent. Le décorticage mené ici du déroulement du GEASE (chapitre 1), puis l’exposé des « outils et enjeux de l’analyse » à partir d’exemples augmentés de juste ce qu’il faut d’aperçus théoriques (chapitre 2, complété par les 12 questions du chapitre 3), permettent de comprendre en quoi il s’agit un outil d’analyse et de formation particulièrement efficace. Ce faisant, il illustre clairement ce que peut apporter l’analyse des pratiques selon le deuxième paradigme.
La lecture de ce « manuel » me semble bien sûr indispensable tous ceux qui pratiquent des GEASE, particulièrement les animateurs, qui y trouveront des réponses à de nombreuses questions qu’ils peuvent se poser, mais aussi des participants qui voudraient en savoir plus sur ce qu’il s’y joue. Elle me semble tout aussi essentielle pour ceux qui voudraient mieux comprendre la démarche d’analyse compréhensive, que d’aucuns nomment clinique, à laquelle nos esprits cartésiens restent toujours en partie rebelles.

Patrick Réhault


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