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L’actualité éducative du n° 504 - mars-avril 2013

Aller à l’école en Égypte

Entretien avec Judith Dessolle

12 mars 2013

Judith Dessolle et sa famille sont installées au Caire depuis la rentrée. Après avoir été professeure de français en classe d’accueil en Seine-Saint-Denis, Judith est maintenant enseignante au lycée français du Caire et également missionnée pour la formation de professeurs de français.


Quelle est la situation de l’école en Égypte ?

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Judith Dessolle dans un mastaba de Saqqara

En ce qui concerne l’école publique, ce qui ressort de mes lectures et échanges avec mes collègues égyptiens, c’est la médiocrité des connaissances apportées, les classes surchargées, avec parfois une organisation en mi-temps (pour recevoir une partie des élèves le matin et une autre l’après-midi), la forme d’apprentissage basée uniquement sur le par cœur, la quasi-obligation de prendre des cours particuliers avec ces mêmes enseignants pour réussir aux examens, et, bien sûr, le fait que les enseignants sont très mal payés.

Les écoles prisées sont les écoles dites de langue, où les élèves apprennent très tôt une langue étrangère, l’allemand, l’anglais ou le français. Ce sont des écoles payantes destinées à la classe moyenne égyptienne. Les écoles égyptiennes de langue situées près de chez nous ne sont pas mixtes, les enfants sont en costume et il n’y a aucune communication entre ces élèves et ceux du lycée français.

La société égyptienne est très troublée en ce moment, on le sait. Les enfants en sont-ils touchés particulièrement ?

La situation politique actuelle est effectivement très tendue. Des chars sont déployés en différents endroits de la ville ; les manifestations finissent souvent de façon violente. Les élèves sont inquiets, leurs parents aussi. Notre lycée est situé dans un quartier très tranquille au sud du Caire, mais la plupart des élèves viennent d’autres quartiers, certains à plus d’une heure de route. Lorsqu’un rassemblement est prévu en centre-ville ou à Héliopolis (où se trouve la résidence présidentielle), cela a des répercussions sur l’organisation du lycée (plusieurs fois, les cours ont été arrêtés plus tôt). Mais la direction vise à maintenir l’ouverture régulière du lycée. Le souvenir de janvier 2011 reste, dans l’esprit des enseignants, un moment difficile. Le lycée a été fermé. Les élèves étaient chez eux, et peu à peu a été mis en place un enseignement à distance.

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Dans une maison typique avec moucharabieh (les fenêtres en bois)

Aujourd’hui, deux ans après la révolution, les Égyptiens sont très déçus. La situation économique est catastrophique. La mainmise du pouvoir par les Frères musulmans, la montée des salafistes inquiètent et ulcèrent ceux qui continuent la révolution. Certains parents songent à partir, de crainte que la situation devienne invivable, mais nous continuons à travailler. Et les élèves sont là. Je ne sais pas si certains d’entre eux vont aux manifestations, en tout cas, ils sont extrêmement intéressés par la politique de leur pays et nombreux ont été les sujets de TPE (travaux pratiques encadrés) concernant l’évolution de la société égyptienne depuis la révolution : la question des femmes, de la religion, de la censure, mais rien sur l’école ! Pas davantage d’école, hélas, dans la réflexion politique sur la constitution.