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Publication et interview

"Accompagner au lycée, construire des parcours scolaires personnalisés", par Yves Lecocq

1er juin 2013
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Accompagner. Accompagner au lycée. Ecrire un livre sur ce sujet paraissait tout à fait correspondre à Yves Lecocq, qui connait bien le lycée et qui a rapporté des expériences de collègues du terrain. C’est ce qu’il nous a raconté dans une interview pour notre dernier numéro. L’interview est accompagnée d’une recension du livre par Michèle Amiel.
(Il s’agit d’un livre de la collection "Repères pour agir", Sceren et Crap-Cahiers pédagogiques, 2013.)


Yves Lecocq, en quoi ce livre peut-il être une réponse à ceux qui disent que l’accompagnement personnalisé, ça ne marche pas, ça crée plus de problèmes que de solutions ?

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D’abord, sur un plan personnel, ce livre est un peu l’aboutissement d’une dynamique d’échanges et de formation qui m’a porté des années durant et que j’ai la chance de voir se transformer en un objet concret, palpable, qui photographie à un moment donné des itinéraires intellectuels en marche pour mieux en stimuler d’autres : un livre !

Sur un plan plus général, les réponses apportées aux sceptiques par cet ouvrage se situent à plusieurs niveaux. D’abord, concernant la pratique sur le terrain, la diversité des comptes rendus d’expérience figurant dans l’ouvrage, venant de collègues souvent enthousiastes, montre très concrètement qu’on peut faire des choses à la fois stimulantes pour les enseignants et utiles pour les élèves. L’idée d’un mieuxêtre enseignant grâce à l’accompagnement me semble fondamentale.

Sur le plan de la réflexion pédagogique, il m’a paru important de souligner que, au-delà des effets de mode, tout un héritage extrêmement riche peut être mis à profit et réinvesti. Comme souvent, on peut constater à quel point des approches très différentes peuvent se féconder les unes les autres au service de ce projet d’accompagnement. La place de la gestion mentale, importante dans l’ouvrage alors qu’elle est enterrée depuis longtemps dans certains milieux pédagogiques ou institutionnels, témoigne de son ancrage sur le terrain, ainsi que de son intérêt et de sa richesse dans cette perspective. À un niveau plus organisationnel, plusieurs contributions mettent en avant des dispositifs qui fonctionnent, lesquels s’appuient sur le collectif d’enseignants engagés.

Si on devait retenir trois ingrédients essentiels pour que ça marche, vous diriez quoi ?

Sans doute une équipe de direction qui stimule sans contraindre et sait capter les énergies, un dispositif simple et souple pour que chacun y trouve sa place et, enfin, la mise en lien permanente entre ce qui se fait en cours et ce qui se fait en accompagnement.

La loi sur la refondation n’aborde pratiquement pas le cas du lycée. Mais l’accompagnement est considéré par le ministre comme une bonne chose, qui doit être poursuivie. Mais peut-on conserver le lycée tel qu’il est, l’accompagnement n’étant alors qu’un petit changement « pour que rien ne change  » ? Comment arriver à un vrai changement ?

C’est vrai, si le cadre reste immuable, en dehors d’un vague dépoussiérage périphérique (et l’AP peut être perçu comme tel), les représentations du métier ne risquent-elles pas elles aussi d’être marquées par l’immobilisme ? Mais à l’inverse, n’est-il pas illusoire de considérer qu’une «  grande réforme   » impulsée d’en haut peut faire évoluer de façon significative mentalités et pratiques professionnelles ? Bien des précédents montrent à quel point un volontarisme ministériel affiché peut être réduit à néant à l’échelle de l’établissement, entre inertie des uns et opposition déclarée des autres.

Aujourd’hui, un assouplissement du cadre général de fonctionnement des établissements (emplois du temps moins lourds, plus de séances en groupes, modularisation, etc.) est plus que jamais nécessaire. Dans cette perspective, les cadres intermédiaires doivent aussi s’inscrire dans une logique d’accompagnement.

Un vrai changement, ce ne peut être ni un grand soir, ni uniquement des petits pas, mais un même souffle qui, à tous les niveaux, converge dans la même direction, grâce à ces multiples énergies prêtes à s’investir pour construire le lycée de demain !


La recension de Michèle Amiel

De cet ouvrage collectif où les textes écrits par des chercheurs dialoguent avec ceux des pédagogues (beaucoup se référant à la gestion mentale) ou des personnels d’encadrement, se dégage la figure d’un objet pas encore vraiment identifié dans l’Éducation nationale : l’accompagnement des élèves. Peu à peu, par approches successives, prend forme avec force et cohérence un système de formation qui présente un autre rapport à l’apprentissage et à la personne de l’élève.

En 1970, apparaissent dans les textes officiels les notions de tutorat (ignoré voire rejeté par la majorité des enseignants) et de soutien. Limité au champ disciplinaire, ce dernier ne remet en cause ni la conception du métier ni les pratiques professionnelles, ni l’organisation des établissements scolaires. Rien ne change, si ce n’est que les élèves en difficulté le sont encore plus.

À partir des années 90, suivant la succession des ministres et de leurs réformes, une multiplicité de dispositifs au collège et au lycée en brouille la compréhension. Si les effectifs limités sont appréciés des enseignants et des élèves, les effets ne sont guère probants, précisément chez les élèves les plus en difficulté. Advenu en 2010, l’accompagnement personnalisé a toujours du mal à abandonner la vieille forme du soutien.

Comment se lancer en effet dans un accompagnement personnalisé quand on est un professionnel venu au métier par l’envie de transmettre sa discipline ? Comment accompagner sans un minimum d’empathie un élève qu’on considère comme un être dépersonnalisé ? Comment aider les élèves en difficulté quand on est saisi du démon de l’élitisme républicain ?

Ce livre propose de nombreux témoignages d’actions d’accompagnement d’une grande variété, réalisées dans des établissements très différents, depuis le lycée de centre-ville au lycée prévention violence, à l’échelle de l’établissement ou de la classe. Des actions qui ont débuté avec l’avènement de l’AP (accompagnement personnalisé) et des pratiques d’accompagnement qui ont commencé il y a dix, voire trente ans pour l’une d’elles. Ludiques ou plus scolaires, toutes ces activités se caractérisent par le souci de la rigueur, de la précision et d’un rendement pédagogique le plus élevé possible.

Des moments individuels sont proposés aux élèves, sous la forme soit d’un tutorat, soit d’entretiens, rencontres fréquentes, d’une durée variable, toujours centrées sur l’acte d’apprendre : «  Je n’ai pas le sentiment d’avoir donné des réponses toutes faites pour aider l’élève, mais je l’ai amené à puiser dans ses propres ressources pour trouver des solutions.  »

Ils alternent avec des ateliers en effectif réduit où se travaille la méthodologie de l’apprentissage (développer l’attention et prendre des notes, mémoriser, chercher et organiser des idées, lire des consignes, s’exprimer à l’oral, etc.) ou l’élaboration du projet personnel.

Dans tous ces textes, on voit la pensée de l’élève qui se construit, la confiance en soi et dans les autres, une autonomie certaine qui émerge au travers des entrainements et des échanges.

Bien sûr, on sait que la majorité des enseignants sont soit réticents à remettre en question leurs habitudes de travail, soit manquent d’expertise pédagogique, soit ne sont pas soutenus par un encadrement qui méconnait l’importance de ces pratiques. Pourtant, là où l’encadrement est impliqué, ça bouge : mobilisation de l’inspection pour accompagner les établissements, aider les enseignants à s’approprier le nouveau dispositif, encourager les formations sur site ; des personnels de direction qui savent piloter, encourager les capacités d’initiative et de créativité, diffuser l’innovation à l’intérieur de l’établissement et en faire un environnement formateur.

Espérons que ces bijoux d’innovation pédagogique ne resteront pas limités aux heures d’accompagnement !