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L’actualité éducative du N°446 d’octobre 2006

À propos de la « base élèves »

Par Caroline Giron

Le ministère met en œuvre actuellement un système d’information pour aider à la gestion des élèves et au pilotage académique du premier degré. Ce système d’information comporte des bases de données partagées entre les différents acteurs (directeurs d’école, mairies, inspecteurs de circonscription, inspecteurs d’académie), sur les élèves et leurs parcours scolaires (base élèves 1er degré) et sur les écoles maternelles et élémentaires (base écoles) [2]. À la suite des interrogations formulées ici par une enseignante, nous sollicitons d’autres réactions de lecteurs des Cahiers.

C’est donc un nouvel outil de gestion pour l’Éducation nationale. Sans doute est-il bien nécessaire d’adopter des outils informatiques performants pour gérer une aussi gigantesque maison... Mais... en quoi cela aide-t-il à la gestion des effectifs et des postes, à la réflexion sur le fonctionnement de l’école, d’avoir des données nominatives sur chaque élève, sur sa date d’arrivée en France, son pays d’origine, sa culture et sa langue, la nationalité de ses parents... ? Faut-il ne pas faire le lien avec la politique sur l’immigration ? Il ne s’agit pas de cacher des renseignements que les mairies ou les ministères concernés ont déjà, mais l’école n’a pas à servir de base de renseignements. Elle doit être un lieu d’instruction pour tous. Et tous doivent s’y sentir en sécurité. Pour apprendre.
Parcours scolaire, absentéisme... partage des informations avec les acteurs locaux, projet de loi de Nicolas Sarkozy sur le rôle accru des maires dans la prévention de la délinquance... Nous aurions tellement besoin de coopération, de travailler ensemble et pas seulement dans une perspective répressive. L’école dénonciatrice ? On peut légitimement s’inquiéter, dans le contexte d’une LOLF qui encourage au technicisme.
Dans notre école, le conseil des maîtres a décidé de ne pas renseigner ces fichiers en l’état. Le Snuipp et Sud-éducation appellent également à ne pas le faire, demandant entre autres d’anonymer l’accès aux données pour les IA et IEN, et que les extractions effectuées par l’administration fassent l’objet d’une demande préalable aux directeurs, seuls responsables en tant que rédacteurs des renseignements figurant dans les fiches. Cela dit, à la date de cet article (juin 2006), aucun formulaire officiel n’est arrivé chez nous (l’information donnée oralement par l’inspection prévoyait la mise en place du dispositif à partir de mai 2006), aucune réunion n’a été proposée aux directeurs et personne n’est encore venu pour installer la « base élèves » à l’école. Nous ne savons pas trop où nous allons. Faut-il refuser fortement ? Faut-il seulement avertir, être vigilant sur les utilisations ? Jusqu’ici la publicité de cette « base élève » est bien discrète. Elle se met en place sans bruit. Brrr...

Caroline Giron, professeur des écoles dans le Doubs.