Illustration de Fabien Crégut

L’école à distance résumée à des serveurs inertes, telle est la note dominante d’une actualité éducative hebdomadaire où l’on a vu aussi des manifestations fleurir dans les 10 kilomètres impartis. Pendant les cafouillages, l’éducation continue. N’est-ce pas là l’ultime et bonne nouvelle ?


Illustration de Fabien Crégut

Illustration de Fabien Crégut


Couacs et bobards

La méthode Coué était à l’œuvre cette semaine pour justifier le grand cafouillage numérique de l’école à la maison. Pourtant, Jean-Michel Blanquer l’assurait sur les ondes de France-Inter le 26 février dernier «On» est préparé sur l’enseignement à distance, déclenchable au cas par cas, ou massif si ça devait prendre des proportions plus «importantes». La déclaration, dont le Huffignton Post se faisait l’écho, vantait les trésors du CNED  «Nous» avons toute une série d’enseignement à distance, du CNED, déclenchable au cas par «cas». Et paf, dès mardi matin, le site était en rade comme bon nombre d’Espaces Numériques de Travail, déclenchant désarroi, lassitude et colère dans les maisons confinées comme chez les enseignants. « Comme lors du premier confinement mis en place pour freiner la diffusion du Covid-19, l’école à la maison a débuté mardi 6 avril avec de nombreux bugs signalés par des professeurs, parents et élèves, en raison de serveurs numériques inaccessibles ou défaillants. », constate FranceTvinfo.

La faute à qui ? L’OBS inventorie les raisons invoquées par le ministre de l’Éducation. «Un opérateur privé à Strasbourg victime d’un incendie il y a quelque temps, qui n’a pas pu faire face à l’afflux de connexions ce matin  ». Le directeur de l’opérateur réfute la culpabilité de son entreprise  « des régions ENT affectées et des applications indisponibles ne sont pas hébergées chez OVHcloud ! » Alors serait-ce une attaque venue de l’étranger ? « Quant au dispositif du Cned (Centre national d’Enseignement à Distance) Ma classe à la maison, qui a subi aussi des « perturbations », Jean-Michel Blanquer a évoqué mardi matin une « très forte attaque informatique venue de l’étranger  », sans plus de précision sur son origine.  Le Quai d’Orsay est lui-même surpris par cette allégation qui a provoqué une avalanche de messages moqueurs sur les réseaux sociaux. Jérôme Notin, directeur du site CyberMalveillance, a une explication qui relance la vague de fous rires  «Les motivations de ce type d’attaques en général sont soit une demande de rançon – ce qui n’a pas été le cas pour le ministère (…) – soit idéologiques ; peut-être que des étudiants, des collégiens se sont ligués pour louer ce réseau de machines zombies qui va ensuite attaquer les serveurs du Cned.»

Les rires n’apaisent pas la colère face à un fiasco prévisible au vu des faibles moyens engagés pour renforcer tuyaux et serveurs afin de supporter la charge des connexions simultanées et outiller enseignants et élèves. « 600 millions d’euros, c’est le montant des crédits non dépensés en 2020 et reportés à 2021 dans l’Éducation nationale [1], l’argent rendu, en pleine pandémie, au moment du « quoiqu’il en coûte », des milliards donnés à certaines sociétés privées. Combien de postes d’enseignants économisés en pleine crise ? combien d’outils informatiques non achetés pour des élèves qui en sont dépourvus ? Combien de journées de formations aux nouvelles modalités d’enseignement à distance ? » dénonce Jean-Charles Léon.  « Le minimum aurait été d’anticiper (« être proactif », dans le jargon de la Start-up nation) et d’engager par exemple une coordination avec les acteurs de l’enseignement à distance et de se poser la question de la montée en charge du système. Cela ne semble pas avoir été le cas. Et donc, « on est prêts » à refaire les mêmes erreurs… » constate Philippe Watrelot sur le site d’Alternatives Économiques. Sa conclusion « Est-ce que le plus gros « plantage », la plus grosse « erreur 404 » ne serait pas d’avoir nommé Jean-Michel Blanquer à ce poste ? » rejoint les propos de Sylvain Grandserre sur «Blanquer le ministre qui bugue ». « Quand l’institution scolaire prendra-t-elle conscience des dégâts que produisent les écarts croissants entre ses discours et les réalités quotidiennes du travail de ses acteurs ? » s’interroge Paul Devin dans son blog.


Colères diffuses et brèves confuses

Pendant le confinement, les rabotages de moyens se poursuivent. Les mouvements de protestation sont forcément locaux, disséminés sur le territoire par l’application de la règle des 10 kilomètres. Jeudi 8, les AESH (Accompagnants d’élèves en situation de handicap) donnaient de la voix un peu partout en France pour protester contre le mirage de l’école inclusive. « Il y a un décalage entre le discours d’Emmanuel Macron sur la scolarisation de tous les enfants et l’absence de solution pérenne. Comment suivre une scolarisation normale sur moins d’un tiers du temps de l’année ? L’égalité des chances en prend un coup  », témoigne Laurent, père d’un enfant dys. A Lorient comme à Narbonne, « AESH, enseignants mais aussi représentants des parents d’élèves dénoncent une précarité avec un salaire en dessous du seuil de pauvreté. » A Sarcelles, la mobilisation associait le thème de l’éducation prioritaire. « Et pour les manifestants, le constat est sans appel : la baisse est générale pour ces établissements classés REP, REP + ou politique de la ville quand les inégalités creusées par la crise sanitaire nécessiteraient plus que jamais l’inverse », relate le Parisien. En Occitanie, on s’inquiète de la fermeture de classes dans l’enseignement agricole public comme au lycée Charlemagne de Carcassonne.

Pendant ce temps, la majorité de droite et du centre au Sénat adopte un amendement subrepticement glissé dans le projet de loi sur le respect des principes de la République, communément nommé loi contre le séparatisme. « En cas d’absence répétée d’un élève, la suspension du versement des allocations familiales pourra être décidée, après plusieurs avertissements. Le gouvernement n’a pas exprimé de position défavorable. »

Pendant ce temps-là, la fin de l’Observatoire de la laïcité est confirmée. « Le paradoxe de la fin programmée de l’Observatoire de la laïcité vient du niveau de satisfaction que cette institution suscite auprès des acteurs de terrain  » explique France 24 en illustrant quantitativement la qualité de travaux appréciés. « Car depuis 2013, et avec un budget annuel de fonctionnement de 59 000 euros, le bilan de l’Observatoire de la laïcité est riche de la publication de nombreux guides pratiques sur la laïcité, de la rédaction ou de la codirection de chartes de la laïcité à l’échelle nationale ou locale, de la formation à la laïcité de 350 000 acteurs de terrain, de la rédaction de plus de 1 000 analyses juridiques  ». 119 universitaires apportent leur soutien à l’Observatoire dans les colonnes du Monde, « Ils mettent en garde contre la tentation de faire de la laïcité « un outil répressif, de contrôle et d’interdiction, en contradiction totale avec la loi de 1905  ». Le CRAP-Cahiers Pédagogiques a également publié un communiqué où il  rend hommage au travail effectué par l’Observatoire de la laïcité et gardera comme boussole l’idée que « la laïcité, ce n’est pas d’interdire ce qui choque ou déplaît à tel ou tel ».

Pendant ce temps-là de confinement, les concours d’entrées aux grandes écoles sont maintenus en présentiel quitte à se taire lorsqu’on est cas contact.  “Mais je connais pas mal de gens qui disent que s’ils sont cas contact, ils ne vont pas le déclarer et ils ne se feront pas tester de peur d’être positifs. Deux ans de travail ruinés juste parce qu’on est peut-être positif, ça paraît énorme dans notre tête !” Les futurs bacheliers sont quant à eux sous la pression du grand oral pour le moment maintenu malgré l’évidence criante de l’impossibilité d’une préparation sereine. « Une pétition lancée par des lycéens a ainsi déjà réuni plus de 23 000 signatures. » indique Alexis Morel. Encore une fois, tout est fait comme si tout était normal. Cachez ce COVID que je ne saurais voir ou brandissez ces vaccins en signe d’espoir.

Hélas, là encore les promesses tournent aux bobards, douchées par les couacs d’une campagne de vaccination mal orchestrée. Les annonces se succèdent dans un grand flou comme le titre Le Point. Après les sexagénaires ou dès le mois d’avril et avant la reprise en présentiel ? «Dans» le déploiement de cette stratégie à l’égard de la communauté éducative, nous allons commencer, sans doute dès la semaine prochaine, à vacciner les personnels enseignants, les ATSEM (Agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles) et autres personnels de la communauté éducative de plus de 50 ans qui sont en contact avec des enfants en situation de handicap» a déclaré Jean Castex lors de son déplacement à Lyon le 10 avril. Voilà qui va sans doute rajouter au climat de défiance surtout lorsqu’on regarde du côté des 19 pays pour qui les enseignants constituent un public prioritaire pour la vaccination.


Oxygène

Et si on parlait maintenant de belles initiatives petites ou immenses, de ces bulles qui apportent sourires et perspectives enthousiasmantes.
La documentariste Valérie Denesle a posé sa caméra à Dieppe pour suivre deux lycéennes dans leur parcours d’orientation. À travers ce film, la réalisatrice souhaitait « donner la parole à des personnes qu’on n’entend peu ou pas. J’avais envie de savoir ce qu’il y avait dans la tête d’une adolescente qui prépare son orientation. Ce qu’elles ont à raconter est important. » Julia et Gwanaelle, les deux lycéennes filmées, racontant avec enthousiasme cette expérience à Paris-Normandie. Le documentaire « le sens de l’orientation » est disponible ici.

Dans la série ces formidables élèves, France Bleu Occitanie nous raconte l’histoire de ce collégien qui a créé une appli d’appels associée à Discord pour les enseignants. Mise au point l’an passé, elle est toujours utilisée par les professeurs de l’enseignement supérieur. Maxence, le créateur de Suivix semble surpris par le succès « Ça me fait chaud au cœur, je ne m’imaginais pas du tout que ça prendrait une aussi grosse ampleur“. A Lens, ce sont deux collégiens qui « préparent la seconde édition de leur festival de musique confinée, mais qui bastonne, le Back to the lockdown festival  » peut-on lire dans 20 Minutes.

Allons faire un tour du côté du site Les Outils Tice animé par Fidel Navamuel qui partage généreusement sa veille et ses conseils sur le numérique. Cette semaine, il attire notre attention sur « la Digitale », une boîte à outils et applications numériques conçues pour l’enseignement qui ont la particularité d’être gratuits et “responsables”.

Parmi les nombreuses ressources à lire, écouter, regarder, signalons les 9 émissions de radio proposées à l’occasion du 800e anniversaire de la Faculté de Médecine de Montpellier. Histoire, botanique, médecine d’hier et de demain, les thèmes sont riches pour célébrer l’Université de Rabelais et de Lapeyronie.

Et pour clore cette longue revue de presse, un mot écrit en majuscules : MERCI. La campagne de financement participatif pour la rénovation du site des Cahiers Pédagogiques a atteint son objectif. Nous allons donc avoir bientôt grâce à vous un site moderne et tout beau. La cagnotte est ouverte jusqu’au 11 au soir pour cette fois toiletter la maquette de la revue papier.

Aux manettes de la revue de presse cette semaine, Monique Royer qui vous souhaite des vacances ressourcantes, reposantes et sans bugs.


La revue de presse des Cahiers pédagogiques évolue ! Aujourd’hui, on trouve facilement des tas d’articles en ligne, qui circulent et s’échangent notamment sur les réseaux sociaux. Nous avons donc pensé que ce que nous pouvions vous apporter, c’était autre chose, soit le recul et le temps du commentaire, en proposant une revue de presse hebdomadaire, plus hiérarchisée, plus sélectionnée et largement commentée, toujours, bien sûr, sous l’angle des questions éducatives. 


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Sur la librairie des Cahiers Pédagogiques

Suggestions thématiques:
N° 567 – Enseigner l’attention
Dossier coordonné par Peggy Colcanap et Jean-Michel  Zakhartchouk 
février 2021
Aujourd’hui se multiplient les pratiques visant à développer l’attention des élèves, de la méditation de pleine conscience à des dispositifs s’appuyant ou non sur des recherches cognitives. Nous revenons dans ce dossier sur la notion même d’attention et tout ce qu’elle implique comme activités et postures en classe.                                                        n° 566 Co-intervention : à deux dans la classe
Dossier coordonné par Rachel Harent et Céline Walkowiak
Janvier 2021
L’image d’Épinal veut que l’enseignant soit seul dans sa classe face aux élèves. Or, de nombreuses pratiques de co-intervention, régulières ou ponctuelles, existent au sein des classes. Ce dossier s’intéressera donc à la co-intervention et au coenseignement, à ces espaces-temps où on est deux en classe avec les élèves.