A cache test – Le point de la diversion – Le bac de la discorde – Silence on réforme – Respirations

Les nouvelles sont constantes sans que la courbe de la démagogie ne s’infléchisse. Alors, pour nous donner un peu d’air, nous ferons quelques incursions en Belgique et au Québec, visiteront des initiatives positives avec le respect bien entendu des gestes barrière dont l’exclusion du point médian.

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Illustration de Fabien Crégut

A cache-test

Cela fait neuf protocoles qu’on met en application depuis le mois de mars 2020“, relève Didier Georges, principal de collège à Paris dans une interview à France Info. La nouveauté majeure annoncée était l’arrivée des tests salivaires. Beaucoup se font encore attendre. « Seulement 207 000 tests salivaires réalisés dans les écoles sur les 400 000 promis » constate France-Infohttps://www.francetvinfo.fr/sante/m….
Mais pas d’inquiétude, le virus circule peu à l’école ou presque. « Fidèle à leurs déclarations passées, le Premier ministre et le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer ont de nouveau assuré que le virus “circule très peu” à l’école ce lundi. Les études et données scientifiques démentent ces affirmations. » le Dauphiné pointe les failles de ce déni persistant.

La reprise en présentiel en demi-jauge s’est effectuée, elle, dans une fluctuation d’interprétations. «  Scolarité : un même niveau avec des classes en demi-jauge ? » s’interroge Jérôme Pilleyre dans La Montagne. Cette demi-jauge, sans doute satisfaisante sur le plan prophylactique, pose cependant des problèmes pédagogiques. «  Aux difficultés de l’enseignement en distanciel liées à l’environnement matériel, psychologique et sociologique des élèves, pointe Philippe Meirieu, professeur honoraire des universités en sciences de l’éducation, s’ajoutent celles de son articulation avec l’enseignement en présentiel dans la mesure où les deux moitiés d’une classe ne progressent, si ce n’est au même rythme, pas de la même façon. »

Sophie Logjes, maître-assistante dans une Haute Ecole belge, raconte les difficultés des enseignants «  si les élèves et étudiants sont gravement malmenés dans le contexte actuel, les équipes éducatives sont elles aussi en souffrance énorme. L’apprentissage et la formation payent un lourd tribut à cette crise. »

Au Québec, alors que des écoles ont été fermées pendant de longues semaines cette année en raison de la COVID-19, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, annonce une série de mesures totalisant 110 millions pour soutenir la réussite éducative. Une partie de cette somme est investie pour la mise sur pied d’activités pédagogiques pendant l’été, relate La Presse.


Le point de la diversion

En vedette cette semaine le point médian, désormais proscrit à l’Éducation Nationale. Plusieurs journaux ont abusivement titré sur l’interdiction de l’écriture inclusive comme le Figaro qui (involontairement ?) souligne les contradictions de la circulaire. «  Il convient de proscrire le recours à l’écriture dite ‘‘inclusive’’, qui utilise notamment le point médian pour faire apparaître simultanément les formes féminines et masculines d’un mot employé au masculin lorsque celui-ci est utilisé dans un sens générique. » L’extrait du texte est contrebalancé un peu plus loin par « la circulaire encourage néanmoins la féminisation des métiers et des fonctions ».
Julia Vergely résume ainsi la contradiction et l’intention dans Télérama « Ce que le ministre interdit est seulement l’usage du point médian, une solution parmi d’autres pour féminiser la langue, mais qui semble cristalliser le débat et être le pire cauchemar de toute une classe politique. » (et de Michel Sardou).


Le bac de la discorde

« Normalement dans la réforme, il y avait 40 % de l’évaluation prévue en contrôle continu et 60 % en épreuves terminales. Du fait de la crise, le ratio passe à 82 % de contrôle continu et 18 % d’épreuves terminales puisque les épreuves anticipées de français de l’an dernier ont été basculées en contrôle continu comme les deux enseignements de spécialité qui devaient être évalués cette année. » explique Karim Benmiloud, le recteur de l’Académie de Clermont-Ferrand dans la Montagne.
La décision est contestée avec des manifestations et des blocages de lycées, à Nantes par exemple.”Aujourd’hui, personne n’est prêt” à passer le baccalauréat », estime Mathieu Devlaminck, élève de terminale et président de l’Union nationale des lycéens qui demande sur France-info qu’un contrôle continu soit organisé en lieu et place d’un examen final. Florence Delannoy, secrétaire générale adjointe du syndicat des personnels de direction de l’Éducation nationale,estime de son côté qu’il faut «  sans doute aménager et non supprimer le grand oral  » et propose d’abaisser le coefficient de cette épreuve dans l’examen. « Là, c’est catastrophique, sur le grand oral. », confie Chantal, mère d’une adolescente de 16 ans, inscrite au CNED.
Outre-Quiévrain, le choix est tout autre relève la Voix du Nord « Alors qu’en France, de nombreux lycéens demandent l’annulation des épreuves en présentiel et la validation du baccalauréat par le contrôle continu, en Belgique, la grande majorité des élèves de l’enseignement officiel (enseignement organisé par les pouvoirs publics) ne seront soumis à aucun examen en juin prochain  », indique le Soir qui détaille les mesures prises par le pouvoir organisateur Wallonie-Bruxelles Enseignement. Nicolas Tsasa, professeur de géographie et de sciences sociales s’émeut de cette mesure, s’alarmant notamment que d’autres systèmes scolaires belges tirent leur épingle de ce jeu.


Silence, on réforme

Pendant ce temps, deux autres réformes côté français arrivent sur la pointe des pieds et sont contestées. « Une réforme brutale »​, « frustrante »​, imposée par « des personnes qui ne connaissant pas le terrain  »​. ainsi est qualifiée la création du BUT par Jalil Lahmar, le directeur de l’IUT de La Roche-sur-Yon (Vendée). Le Bachelor Universitaire de Technologie remplacera dès la rentrée le DUT avec une année d’études en plus. L’application a été anticipée d’un an, une accélération empêchant une préparation sereine dans les IUT et une information des lycéens.
A la rentrée 2021, la refonte de la formation des enseignants entrera en vigueur. Elle «  solde définitivement l’héritage des Instituts universitaires de formation des maîtres », explique le chercheur Vincent Troger, rappel historique à l’appui, dans une tribune publiée dans le Monde (réservée aux abonnés).

Au Québec, les négociations avec les syndicats des enseignants ont abouti à une revalorisation salariale. « Sur le plan de la rémunération, l’entente d’une durée de trois ans avec Québec permet notamment aux enseignants de « se rapprocher de la moyenne canadienne » peut-on lire sur le site du Devoir. Au dernier échelon, la rémunération annuelle passera de 82 585 $ à 91 116 $ (le dollar canadien est aux environs de 0,67 euros.). L’accord contente les enseignants mais laisse de côté les autres personnels de l’éducation. Quelque 33 000 employés de soutien scolaire étaient en grève ce mardi. Le 19 mai les professionnels de l’éducation organiseront une « grève mystère ». « Soyons clairs : les enseignantes et les enseignants méritent leur augmentation de salaire. Soyons encore plus clairs : les professionnelles et les professionnels ne méritent pas moins », a déclaré le président de la FPPE-CSQ, Jacques Landry.


Respirations

Un peu d’oxygène avec deux lectures puisées dans « The Conversation  ». «  Les langues régionales peuvent-elles survivre sans politique linguistique ? » s’interrogent Cameron Morin et Médéric Gasquet-Cyrus à l’occasion de l’adoption d’une proposition de loi relative à la « protection » et la « promotion » des langues régionales de France. « Les souvenirs d’enfance des enseignants influent sur leur manière de lutter contre les inégalités scolaires  », quatre chercheuses de Toronto partagent les résultats de leurs recherches : « Nous avons découvert que la probabilité que les enseignants et praticiens de fraîche date dénoncent et remettent en cause les inégalités scolaires dépend grandement de leurs souvenirs d’enfance. »

Respirons encore mieux avec des projets médias menés avec et par des élèves. A Lunéville, « lassées des fake news pullulant sur les réseaux sociaux, Lou Pano, Louise Vaingre et Marie Pisias, étudiantes en première au lycée Bichat, ont décidé de créer leur propre journal : Bich’Actu. ». A Sainte-Mère-Église, le réseau d’éducation prioritaire a sa radio et cette semaine des CM1 et des CM2 étaient au micro. Peut-être que l’un ou l’autre de ces médias parlera de « l’initiative WikiAfrica Education, qui rassemble des centaines de citoyens du continent africain et de sa diaspora. Tous poursuivent le même objectif : produire et diffuser des connaissances sur l’Afrique, depuis l’Afrique.  », relatée par le Courrier International.

Avant de nous quitter, je vous propose des vitamines à puiser dans le dernier dossier des Cahiers Pédagogiques « Enseigner la créativité ? ». « Les retours d’expériences se rejoignent pour reconnaitre le rôle positif joué par la créativité dans la découverte de soi, et la joie de vivre une expérience forte au sein du groupe. Le lâcher prise et l’ouverture d’esprit sont des facteurs essentiels pour libérer la part de créativité présente en chacun mais trop souvent empêchée. Dynamisante, permettant l’irruption de la sensibilité et de la subjectivité, elle enrichit autant les élèves que les professeurs.  », expliquent Caroline Elissagaray et Angélique Libbrecht, les coordonnatrices du dossier.

Aux manettes cette semaine Monique Royer qui souhaite une bonne lecture à toutes et à tous


Des nouvelles des Cahiers pédagogiques
La revue de presse des Cahiers pédagogiques évolue ! Aujourd’hui, on trouve facilement des tas d’articles en ligne, qui circulent et s’échangent notamment sur les réseaux sociaux. Nous avons donc pensé que ce que nous pouvions vous apporter, c’était autre chose, soit le recul et le temps du commentaire, en proposant une revue de presse hebdomadaire, plus hiérarchisée, plus sélectionnée et largement commentée, toujours, bien sûr, sous l’angle des questions éducatives.


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Sur la librairie des Cahiers Pédagogiques

Construire ensemble l’école d’après
Sylvain Connac – Jean-Charles Léon – Jean-Michel Zakhartchouk
Edtions ESF – Prix 18,00 €
L’école « d’après », un vain slogan, un conte de fées pour ceux qui penseraient que, aux lendemains de la crise sanitaire, une autre école va naître, plus juste, plus en prises avec le monde ? Ce livre, coordonné par des pédagogues engagés, et fruit d’un travail collectif avec le réseau du CRAP-Cahiers pédagogiques, contient de nombreuses propositions pour passer du slogan à la mise en œuvre : comment utiliser à bon escient les outils du numérique, comment modifier programmes et pratiques pour penser le monde actuel (parcours santé, esprit critique…), comment intégrer le respect de l’environnement dans le quotidien de l’école, comment prendre mieux en compte les familles, comment au quotidien, lutter contre les inégalités.
Suggestions thématiques :
N° 567 – Enseigner l’attention
Dossier coordonné par Peggy Colcanap et Jean-Michel Zakhartchouk
février 2021
Aujourd’hui se multiplient les pratiques visant à développer l’attention des élèves, de la méditation de pleine conscience à des dispositifs s’appuyant ou non sur des recherches cognitives. Nous revenons dans ce dossier sur la notion même d’attention et tout ce qu’elle implique comme activités et postures en classe. n° 566 Co-intervention : à deux dans la classe
Dossier coordonné par Rachel Harent et Céline Walkowiak