Le dessin de Fabien Crégut.

Comme de nombreuses semaines ces derniers mois, l’actualité est dominée par la pandémie et ses conséquences, notamment la reprise dans les écoles, les collèges et lycées. L’autre fait marquant et polémique est l’annonce des états généraux de la laïcité. Diverses publications pour terminer.

Le dessin de Fabien Crégut.

Le dessin de Fabien Crégut.


Reprise

Les réactions sont nombreuses à la suite de l’annonce de la réouverture des écoles demain puis des collèges et lycées la semaine prochaine.
Tout d’abord, le protocole. Il n’a pas vraiment changé, comme l’explique le Café pédagogique.
“22 avril – Alors que l’épidémie n’a pas réellement régressé, l’Education nationale maintient les dates de réouverture des établissements. Lors d’un échange avec les syndicats, le ministère a annoncé quelques améliorations du protocole sanitaire. Cela concerne surtout la fermeture des classes dès le 1er cas de covid. Dans les départements les plus exposés, les collèges passeront en demi jauge. Celle-ci reste la règle dans tous les lycées. Rien de neuf par contre en ce qui concerne la vaccination des enseignants, le maintien des examens ou l’aération des cantines et des salles de classe.” La seule nouveauté c’est que les classes de primaire sans enseignant ne seront plus accueillies. Covid-19 : la classe sera fermée quand un prof de primaire n’est pas remplacé dans Libération.
Les examens sont maintenus (grand oral, philosophie, brevet, etc) ce qui engendre de nombreuses réactions, de même que les autres mesures annoncées.
Tests, demi-jauge, grand oral : parents et syndicats divisés avant la réouverture des classes. “Dernier objet de querelle : le maintien de l’écrit de philosophie et surtout du grand oral du baccalauréat annoncé par Jean-Michel Blanquer. “Cela fait un moment que nous disons que cette année n’est pas normale et que par conséquent il faut en prendre la mesure au niveau des examens et donc neutraliser le grand oral.” défend Sophie Vénétitay, assurant qu'”il y a une rupture d’égalité” entre les élèves selon les conditions épidémiologiques de leurs lycées ou le recours au fonctionnement hybride ou non dès octobre lorsqu’il n’était pas obligatoire. “C’est une nouvelle épreuve, issue d’une réforme, nous estimons qu’il faut lâcher du lest et le neutraliser cette année” croit également Jean-Rémi Girard.”
Les scientifiques réagissent aussi à la réouverture des écoles, eux qui n’y étaient pas favorables pour une grande majorité. Le protocole sanitaire des écoles sera-t-il efficace? Ce qu’en disent 3 scientifiques
“Si les scientifiques considèrent qu’il est trop tôt pour rouvrir, ils saluent l’arrivée de la question de l’aération dans le protocole sanitaire à destination des écoles.” A lire dans le HuffingtonPost.
La nouveauté que constitue les autotests au lycée fait couler beaucoup d’encre, notamment à propos du fait que le gouvernement aurait souhaité que les enseignants s’en chargent (ils s’ennuient tellement en classe). Les médecins scolaires s’étonnent. Covid-19 : il n’y a pas assez de médecins pour former les “élèves aux autotests”, s’inquiète le Syndicat national des médecins scolaires. “Comme on dit “autotest”, forcément, c’est la personne elle-même qui le fait. Et dans l’allocution de Jean-Michel Blanquer, il a parlé de la semaine du 3 mai, d’activités pédagogiques, de tutoriels et de personnels formés qui, pendant une semaine, expliqueraient aux élèves de quoi il s’agit. Alors, j’aimerais bien savoir qui sont ces personnels ? Par qui seront-ils formés ? Nous n’avons pas de précisions à ce niveau-là.”
(FranceTvInfo)
Pour cette reprise se pose la question de l’aération des salles de classe. Nombreux sont les scientifiques et les enseignants ayant réclamé, en vain, des capteurs de CO2. Covid-19 : mesurer le CO2 pour mieux aérer et diminuer la transmission
“La transmission du SARS-CoV-2 se fait essentiellement par aérosols. Pour limiter leur concentration, un groupe d’enseignants-chercheurs propose d’équiper les écoles de capteurs de CO2, un gaz qui trahit la qualité de l’air respiré”. (Le Monde)

Une autre revendication ignorée des enseignants : la vaccination. D’ailleurs les Français sont d’accord : 79% de la population estime qu’il faut vacciner le personnel enseignant en priorité
“Selon un sondage OpinionWay pour le syndicat d’enseignants Snes-FSU, 79% des Françaises et Français pensent que le personnel enseignant doit faire partie des publics prioritaires à la vaccination contre le coronavirus.” (RTL)
Pour le gouvernement, ouvrir la vaccination aux enseignants de plus de 55 ans (comme à tous les Français) semble avoir résolu le problème. D’ailleurs beaucoup de Français n’ont pas retenu l’âge et sont persuadé que tous les enseignants peuvent être vaccinés. La communication est donc un point fort de cette présidence.


Laïcité

C’est l’autre sujet polémique de la semaine, avec l’annonce par Marlène Schiappa des états généraux de la laïcité.
Les associations s’interrogent : pourquoi maintenant et pour quoi faire ?
“Une trentaine d’organisations, dont le CRAP-Cahiers pédagogiques, signent un texte commun pour s’inquiéter de l’organisation d’États Généraux de la laïcité, sans concertation et dans un délai très court.”
Et beaucoup ont décidé de boycotter. 28 organisations syndicales et associatives refusent de participer aux états généraux de la laïcité lancés par la ministre Marlène Schiappa. La Croix
Comme le rappelle Libération, L’initiative survient en plein bras de fer sur le devenir de l’Observatoire de la laïcité.
Rappelons que la laïcité est déjà aux coeur des débats de la loi sur les séparatismes.
Misère du débat public sur l’école
“Le mercredi 10 mars 2021, la commission de l’éducation, de la culture et de la communication du Sénat auditionnait Jean-Pierre Obin, inspecteur général honoraire de l’Éducation nationale, dans le cadre de l’examen de la « loi séparatisme ». Olivier Vincent réagit ici aux propos tenus pendant cette audition, et notamment à son postulat que ce serait à l’État de dire quels sont les auteurs et les références acceptables dans la formation des enseignants en matière de laïcité.”
Et revoilà l’islamogauchisme.
“Islamo-gauchisme” craint par la ministre de l’Enseignement supérieur en France: le sociologue Michel Wieviorka remet son rapport final
“Le sociologue Michel Wieviorka a remis un rapport à la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal sur le supposé “islamo-gauchisme” à l’université, après s’être saisi lui-même de la question, a-t-il indiqué à l’AFP. Ce rapport de quelque 80 pages, qu’il a intitulé “Racisme, antisémitisme, antiracisme: apologie pour la recherche”, paraît jeudi aux éditions La Boîte à Pandore.” RTL


Covid et conséquences.

Tout d’abord les conséquences sur les jeunes.
Coronavirus : « Les journées sont devenues trop longues »… Comment les ados d’un village limousin vivent la crise sanitaire
“Ce mardi, ils tapent dans un ballon sous un ciel lumineux. Amandine, Léa, Noah et Maïa sont en vacances. Mais confinement oblige, les quatre adolescents n’ont pas eu droit au dépaysement. D’ailleurs, depuis le début de la crise sanitaire, leurs vacances, c’est souvent dans leur village qu’ils les ont passées : à Magnac-Bourg, en Haute-Vienne, où vivent 1.117 âmes. Alors qu’ils voudraient courir le monde, leur horizon s’est brutalement rétréci depuis un an.”
Coronavirus : Le « think tank » Terra Nova propose des pistes pour lutter contre le décrochage des jeunes
“COVID-19 Le « think tank » proche du centre gauche plaide pour « un effort accru de formation » à l’intention de ces jeunes, au plus près d’eux, « dans leurs territoires », grâce au numérique
Un déploiement massif de l’apprentissage en s’appuyant sur le numérique pour des formations à distance souples : le centre de réflexion Terra Nova lance des pistes dans un rapport publié mercredi pour lutter contre le décrochage des jeunes frappés par la crise du Covid-19.” 20 Minutes

Ensuite, les enseignants.
Covid à l’école : “En France, on a parfois oublié les enseignants”
“Pour Eric Charbonnier, analyste de l’OCDE, la politique éducative française affiche des résultats mitigés dans sa gestion de la crise.
Nous nous sommes interrogés sur les modes d’organisation : est-ce que les décisions relatives aux protocoles sanitaires, sont très centralisées dans les pays de l’OCDE ? Ou, est-ce que, finalement, les écoles ont leur mot à dire ? Or, notre étude démontre que le système est très centralisé, quasiment partout. Même dans des pays plutôt fédéraux, ou découpés en provinces comme la Canada. Ce qui a pu susciter pas mal de problèmes sur le terrain et créer des mécontentements. Les enseignants ne comprennent pas que l’on change aussi souvent de protocole. Sur ce point, la situation de la France est donc la même qu’ailleurs. Les difficultés propres qu’elle rencontre sont plutôt liées à son modèle éducatif. ”
L’Express, pour les abonnés.

Et après le covid ? Une analyse de Bruno Magliulo
L’école de l’après covid 19 : sur quels fondements se construit-elle ?
“Depuis près de dix-huit mois, du fait de la crise créée par le virus Covid 19, comme la société toute entière, l’école est soumise, en France comme ailleurs, à une série de défis nouveaux. Tant bien que mal, grâce à la mobilisation des acteurs de terrain, le navire prend l’eau mais ne coule pas. Cependant, les transformations induites par cette crise sont si profondes que nombreux sont ceux qui pensent que l’école de l’après Covid 19 sera marquée par les bouleversements qui la traversent en cette période de pandémie. Pour diverses raisons, on peut prédire un large retour sur l’école d’avant, avec cependant diverses évolutions nées des pratiques de temps de crise.”


Divers

Le Cned a fait la une de l’actualité à cause de l’échec des classes virtuelles, mais peu de gens connaissent les conditions de travail de ses salariés.
Au Cned, des agents et des enseignants se sentent débordés et isolés
“Le quotidien au Cned est pourtant l’inverse d’une utopie 2.0, selon les salariés interrogés par StreetPress. « Il y a des bugs quasiment chaque semaine qui durent entre une et quatre heures. Pendant ce temps, on ne peut pas travailler », témoigne Catherine, 54 ans, qui corrige des copies d’histoire-géographie. Jeudi 8 avril, plusieurs dizaines d’employés du Cned se sont mis en grève. Et ce n’est pas seulement parce que leurs ordis rament. Ils éteignent leurs tours centrales pour protester contre leurs conditions de travail et l’absence de moyens supplémentaires malgré l’augmentation du nombre d’inscrits depuis la crise sanitaire.”

Un sujet qui revient régulièrement, l’affection dans les lycées de Paris. Pourquoi tant de bruit autour de l’affectation dans les lycées parisiens ? Par Cécile Blanchard Rédactrice en chef des Cahiers pédagogiques
“En matière d’éducation, Paris fait figure d’exception : les directeurs d’école y sont systématiquement déchargés de toute heure de cours et la Ville fournit aux écoles élémentaires des PVP (professeurs de la Ville de Paris) qui se chargent des enseignements de musique, arts visuels et EPS dans les écoles élémentaires. Surtout, l’affectation en lycée suit une procédure très spéciale, appelée Affelnet (dont les résultats seront connus cette année le 30 juin)” pour les abonnés d’Alternatives-economiques.

Au moment où Joe Biden reconnait le génocide arménien, de nombreux enseignants témoignent de la difficulté de l’enseigner. Génocide arménien : de plus en plus, les professeurs doivent faire face au négationnisme
“Encouragées par des associations franco-turques, les contestations des élèves et de leurs parents du génocide arménien sont de plus en plus fréquentes, pendant les cours et en dehors.” Le JDD

Un sujet important et grave, l’accès à la pédophilie via le net.
Pornographie en ligne : des risques préoccupants pour les adolescents
“L’adolescence est une période de bouleversements et de maturations physiques, biologiques et psychiques. Pour les jeunes, Internet va alors sembler un lieu privilégié pour chercher des informations et partager des questionnements, les confrontant seuls aux dangers et aux risques de cette utilisation.
Un adolescent sur cinq serait concerné par un de ces risques : cyberharcèlement, contact avec des inconnus, utilisation de sexting et usage de la pornographie.
La confrontation avec la pornographie en ligne est un risque qui questionne. En effet, le nombre de sites de cet ordre s’est multiplié de manière exponentielle : en 2007, il existait déjà plus de 4 millions de sites d’ordre pornographique sur Internet et, souvent, il suffit de valider « être majeur » ou « avoir plus de 18 ans » pour y accéder.”

Pour terminer, on s’intéresse aux jeunes filles. Celles qui vivent en milieu rural et les étudiantes victimes d’agressions.
Elle a enquêté sur les jeunes filles en milieu rural populaire
“La sociologue Yaëlle Amsellem-Mainguy est allée rencontrer des jeunes filles de milieu populaire vivant en milieu rural. Elle met en lumière les ressources déployées par cette jeunesse.” Ouest France
«La majorité des étudiantes qui viennent consulter se libèrent de faits d’agressions»
“Margaux Leroyer-Mordacq le Blanc, psychologue clinicienne et accompagnant les étudiants, revient sur les violences sexuelles et morales au sein de l’enseignement supérieur.”

Géraldine Duboz


Des nouvelles des Cahiers pédagogiques
La revue de presse des Cahiers pédagogiques évolue ! Aujourd’hui, on trouve facilement des tas d’articles en ligne, qui circulent et s’échangent notamment sur les réseaux sociaux. Nous avons donc pensé que ce que nous pouvions vous apporter, c’était autre chose, soit le recul et le temps du commentaire, en proposant une revue de presse hebdomadaire, plus hiérarchisée, plus sélectionnée et largement commentée, toujours, bien sûr, sous l’angle des questions éducatives.


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Sur la librairie des Cahiers Pédagogiques

Parution du n°568 « L’évaluation pour apprendre »
« Une certaine éthique de l’évaluation »
Entretien avec les coordinatrices, Sylvie Grau et Isabel Pannier
Des pratiques évaluatives dépendent des enjeux parfois perdus de vue qui ont trait à la construction identitaire de l’élève, à l’orientation, à la représentation du métier d’enseignant… Mais l’évaluation participe avant tout au processus d’apprentissage. À condition qu’elle soit pensée pour être constructive. C’est ce que met en lumière notre dossier, avec des réflexions qui dépassent largement le faux débat « pour ou contre les notes ».

Construire ensemble l’école d’après
Sylvain Connac – Jean-Charles Léon – Jean-Michel Zakhartchouk
Edtions ESF – Prix 18,00 €
L’école « d’après », un vain slogan, un conte de fées pour ceux qui penseraient que, aux lendemains de la crise sanitaire, une autre école va naître, plus juste, plus en prises avec le monde ? Ce livre, coordonné par des pédagogues engagés, et fruit d’un travail collectif avec le réseau du CRAP-Cahiers pédagogiques, contient de nombreuses propositions pour passer du slogan à la mise en œuvre : comment utiliser à bon escient les outils du numérique, comment modifier programmes et pratiques pour penser le monde actuel (parcours santé, esprit critique…), comment intégrer le respect de l’environnement dans le quotidien de l’école, comment prendre mieux en compte les familles, comment au quotidien, lutter contre les inégalités.