Le musée Carnavalet, musée d’histoire de Paris, a rouvert ses portes en mai, en même temps que les autres musées, après quatre années de travaux qui ont chevauché la période de fermeture liée à l’épidémie de Covid-19. L’occasion de parler avec sa directrice, Valérie Guillaume, de son parcours et du projet du musée.

Est-ce que vous alliez au musée, enfant ?

Oui, en famille et avec l’école. J’ai grandi à Paris, on allait régulièrement au Louvre, à Carnavalet aussi ! J’ai un souvenir particulier de l’exposition sur l’année 1925, au musée des Arts décoratifs, en 1975. C’était formidable, magnifique, parce qu’il y avait une profusion et une variété d’œuvres. Dans ces années-là, on voyait un seul type d’œuvre (soit des peintures, soit des sculptures). Aujourd’hui, c’est beaucoup plus varié, on approfondit davantage les sujets.

Quel a été votre parcours jusqu’à la direction du musée ? Est-ce que l’école est pour quelque chose dans votre choix de profession ?

Certainement l’école et la curiosité, le gout des voyages. J’ai un parcours assez classique, je suivais des études en classe préparatoire et à la Sorbonne en lettres classiques, avec de l’histoire de l’art et de l’archéologie en parallèle. Je me suis spécialisée dans l’étude de l’Antiquité tardive. J’ai passé le concours de conservateur du patrimoine très jeune, et je suis dans la profession depuis de nombreuses années. J’ai toujours travaillé sur des sujets en lien avec la culture matérielle (la céramique, le textile, la mode, le désign de mobilier, les paysages), dans le droit fil de l’archéologie.

Et j’ai toujours été intéressée par ce qu’on peut dire et redire sur une période, un thème, par le fait de continuer à questionner nos connaissances, voir ce qu’on peut écrire de nouveau. L’histoire de Paris est très intéressante à considérer au travers des regards et écrits des écrivains français mais aussi étrangers. Je suis frappée de voir combien les historiens étrangers savent mieux que nous distinguer histoire parisienne et histoire nationale, même si l’histoire nationale a une part importante dans l’histoire et le rayonnement intellectuel et culturel de Paris, à travers les grands chantiers, les édifices qui signent Paris et font sa singularité.

Quelle importance revêtent les visites scolaires, selon vous ?

Ces visites ont toujours été essentielles, tous les directeurs y attachent beaucoup d’importance. Nous les avons maintenues pendant la période de fermeture pour travaux : les ICM (intervenants culturels des musées) sont allés dans les classes et les centres de loisirs dès que la situation le permettait. Nous avons organisé aussi de nombreux ateliers pour les écoles élémentaires et le périscolaire, pour faire dessiner aux enfants des œuvres (exposées aujourd’hui à hauteur du regard des enfants), dans une salle de l’Hôtel de Ville ou à la crypte archéologique de l’ile de la Cité, ainsi qu’à l’hôpital Robert-Debré avec lequel nous avons un partenariat pour les enfants hospitalisés. En 2020, 3 967 scolaires et périscolaires ont été touchés par le musée hors les murs.

En quoi est-ce important que les enfants viennent au musée en classe ou en famille ?

C’est important que les petits Parisiens connaissent leur passé et leur présent, pour qu’ils se préoccupent de ce qu’ils veulent faire de leur ville. C’est important aussi de les téléporter dans des périodes et des lieux qu’ils ne connaissent pas. C’est une porte ouverte sur l’imaginaire d’une ville, ses forces de proposition. Et l’intérêt de Carnavalet, c’est d’avoir des espaces en enfilade, moins impressionnants que les très grands espaces. Il y a beaucoup d’ambiances différentes, et des pièces très variées.

J’aime particulièrement les visites pilotées par d’autres enfants, plus grands. Cela a très bien marché juste avant la fermeture. Cet apprentissage par les pairs transforme l’attention.

Qu’est-ce que ces travaux ont apporté de nouveau dans le musée pour les enfants ?

Dix pour cent des œuvres sont placées à hauteur du regard des enfants ; elles sont mieux éclairées et ont toutes été restaurées. Cette proximité leur permet de mieux les observer. Nous attendons avec impatience d’entendre ce qu’ils vont en dire !

En France, ce n’est pas fréquent de mettre les œuvres à leur hauteur, mais j’ai vu plusieurs expériences en ce sens à l’étranger, notamment dans les pays scandinaves, où c’est une pratique assez répandue (il y a notamment un musée entièrement à leur hauteur à Bergen, en Norvège). J’ai pu voir que les enfants s’appropriaient ces espaces de manière différente et entrainaient leurs parents ou grands-parents. À Glasgow, en Écosse, un musée dispose de plateformes sur lesquelles les enfants montent pour mieux voir une œuvre ainsi mise en avant. Et il m’a semblé important de mettre des œuvres authentiques à hauteur du regard des enfants, pas des reproductions comme dans certains autres musées de par le monde. C’est sur cette idée que j’ai été retenue comme directrice du musée pour la réorganisation.

Les œuvres ont été choisies lors d’ateliers avec les personnels du musée, en tenant compte de la fragilité et en fonction de parcours thématiques. On aborde des sujets de toute sorte, les dieux gaulois, les représentations de sainte Geneviève, la patronne de Paris. Il n’y a pas que des œuvres représentant des enfants ou la vie quotidienne. À 8, 10, 12 ans, ils savent lire et écrire, ils ont déjà des idées intéressantes sur le partage, la justice, nous avons voulu les interpeler sur leurs préoccupations, leur vision de la ville.

Enfin, il y a beaucoup d’autres dispositifs, des jeux, des puzzles. Je crois que c’est souvent par le jeu qu’on apprend. Carnavalet est vraiment un musée pour les enfants (et pour les grands enfants que nous sommes aussi !).

Propos recueillis par Cécile Blanchard

 


Un article paru dans le n°570 des Cahiers pédagogiques, en vente sur notre librairie:

Apprendre dehors

Coordonné par Aurélie Zwang et Jean-Michel Zakhartchouk

Après les confinements successifs, l’intérêt pour les pratiques d’éducation en plein air est grandissant. Inscrites dans l’histoire de la pédagogie, elles sont non seulement mises en œuvre à l’école, de façon régulière ou lors de sorties de terrain plus ponctuelles, mais aussi dans le périscolaire. Il s’agit dans ce dossier d’interroger ce qui s’apprend de spécifique dehors.