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N° 564, La coéducation permanente

Parents, engagez-vous !

Laurence Houllier

6 novembre 2020
Un projet éducatif alternatif, centré sur le développement de l’enfant, dans cette école où les parents ont une place tellement importante que cela a suscité un débat avec la rédaction des Cahiers. Merci aux auteurs d’avoir accepté cette discussion, qu’on lira à la suite de l’article.

La pédagogie de l’école Nouvelle-Querbes se fonde sur un principe de coéducation entre parents, enfants, enseignants, direction, professionnels et éducateurs du service de garde. Les professionnels (psychologue, psychoéducateur, orthophoniste) ainsi que l’orthopédagogue agissent en soutien- conseil auprès des parents et des enseignants grâce à leurs évaluations et aux échanges qui en découlent, le tout afin de mieux répondre aux besoins des enfants. Les éducateurs du service de garde travaillent avec les enseignants et les parents afin d’assurer un suivi des enfants lorsqu’ils sont accueillis lors des activités postscolaires. La direction s’implique également auprès de tous les partenaires de la communauté interne et externe, elle assure une veille au niveau du processus de coéducation.

La pédagogie est centrée sur l’enfant et ses projets personnels dans un contexte multiâge, avec en toile de fond la différenciation pédagogique. Il s’agit donc d’un véritable partenariat où chacun a un rôle spécifique. Les parents qui inscrivent leur enfant à l’école adhèrent aux valeurs de l’école, ainsi qu’à son projet éducatif alternatif. Ils acceptent d’être des partenaires actifs et s’engagent de façon dynamique dans le processus d’éducation de leur enfant et dans le milieu de vie scolaire. Au cœur de cette vision, tous les adultes, parents, enseignants, direction d’école, professionnels et éducateurs de service de garde sont en formation continue dans leurs rôles respectifs. L’école est un lieu d’éducation, de dialogue, de croissance, de partage et d’entraide toute l’année, des réunions hebdomadaires ont lieu avec les enseignants et la direction pour discuter des besoins des enfants et les formations nécessaires pour y répondre. Sont abordés également les enjeux, les forces et les défis du milieu. Les professionnels sont consultés et invités à donner des formations. Des formateurs externes peuvent également accompagner l’équipe école.

Lorsque les parents s’engagent dans ce type d’école, ils doivent s’enquérir des documents qu’ils doivent lire, afin de bien comprendre leur rôle de coéducateur. Tous ces documents se trouvent sur le site de l’école [1].

La coéducation prend plusieurs formes et les parents peuvent y prendre part à différents niveaux, selon leur disponibilité et leurs champs d’intérêt, en s’impliquant tant auprès de leur enfant que dans le milieu scolaire. De nombreux moyens comme la participation en classe (accompagnement et soutien du projet personnel de l’enfant) ou encore la participation active à des comités ou à des sorties éducatives, sont mis en œuvre, afin de permettre aux parents de développer un sentiment d’appartenance.

Projets personnels des enfants

Dans la conception de la pédagogie du projet, l’enfant est considéré en situation d’apprentissage tant à la maison qu’à l’école. Cela signifie que les parents et l’enseignant collaborent et se concertent pour soutenir ensemble et de façon cohérente l’enfant dans son cheminement. Les parents peuvent venir en classe lors de « cliniques de projet », ou bien selon les besoins de la classe. C’est vers la fin du mois de septembre que les enseignants font une première rencontre avec les parents et dressent un portrait des besoins de la classe. Ils abordent la dynamique du groupe, ses forces, ses défis, les intérêts et les besoins des enfants, les activités et les ateliers à venir que les parents souhaitent animer en classe.

Lors du choix du projet de l’enfant, les parents peuvent s’impliquer en étant attentifs aux besoins exprimés par leur enfant, en le questionnant pour l’amener à prendre conscience de ses gouts, de ses désirs ou de ses défis et de ses forces. En discutant avec lui du choix de ses projets et du soutien dont il a besoin, il lui offre son aide pour trouver les moyens et les ressources appropriées (recherche à la bibliothèque, site internet, interview, utilisation des nouvelles technologies, présentation sous forme de film, de maquette, etc.) et en répondant à ses questions. Il existe un petit guide pour les parents qui explique comment accompagner son enfant dans ses projets.

Enfin, la réalisation des projets se fait en majeure partie à l’école, et elle peut se poursuivre à la maison. Ainsi, les parents peuvent concrètement contribuer au suivi de leur enfant dans ses projets. Il n’y a pas de devoirs imposés, l’enfant est encouragé à poursuivre son travail à la maison. C’est une occasion unique pour les parents de partager le plaisir d’apprendre avec leur enfant.

L’outil de suivi école-maison en coéducation est le carnet de projets qui permet à l’enfant de planifier et d’organiser de façon hebdomadaire ou bimensuelle la réalisation de son projet, et du travail relié aux notions vues en classe selon les échéances prévues par l’enfant et l’enseignant. On y trouve également des grilles horaires utilisées par l’enfant pour planifier son travail quotidien. C’est un outil essentiel de communication entre l’enfant, l’enseignant et le parent. Il est le moyen par excellence pour suivre l’enfant au quotidien, pour identifier ses besoins et pour faire le point sur ses progrès et sur les défis auxquels il doit répondre dans sa vie scolaire.

Parents actifs

La coéducation déborde du cadre d’une action concertée des parents pour leur propre enfant. Les parents sont aussi des partenaires dans la vie collective du groupe classe et de l’école. Ils peuvent également travailler avec d’autres enfants de la classe. Dans un groupe de parents, il y a des personnalités différentes et chacun a des ressources à partager avec l’école selon sa disponibilité et ses intérêts personnels.

Les portes de l’école sont toujours ouvertes aux parents, à toute heure de la journée. Ils sont invités à fournir une aide concrète aux enfants, par exemple en soutenant le travail d’un enfant dans le cadre d’un projet, en proposant un atelier, en partageant une expérience ou une habileté qui peut plaire aux enfants, en accompagnant le groupe au cours d’une sortie ou d’une classe hors les murs, en corrigeant des textes, en réparant des livres ou en entretenant le coin arts de la classe.

De plus, chaque classe est représentée par des parents animateurs de classe qui rencontrent l’enseignant de façon régulière et font le lien entre le groupe classe et les parents. Ces animateurs organisent notamment des rencontres pour les parents, en concertation avec l’enseignant. Ces rencontres fournissent l’occasion de réfléchir sur les pratiques pédagogiques ou d’échanger des idées sur des expériences ou des sujets qui tiennent à cœur aux parents.

Les parents participent aussi à l’organisation de soirées de présentation de projets, de rencontres thématiques ou de fêtes organisées par la classe. Ils peuvent aider les enfants à rédiger un journal de classe qui sera acheminé aux parents sur une base régulière. On les encourage aussi à s’investir dans la vie de l’école en assurant une présence à la bibliothèque ou en participant aux activités spéciales (fêtes, évènements spéciaux, etc.). Un local leur est aménagé dans l’école et sert de lieu de rencontres et de réunions.

Les parents sont invités à un réel partage des responsabilités et des prises de décisions sur le projet éducatif de l’école, grâce à une structure qui permet à tous, direction, enfants, parents, enseignants et éducateurs, d’y participer selon un modèle de gestion participative. Ils occupent une place primordiale au niveau des différentes instances et des comités de l’école. Ils prennent part activement aux débats qui définissent les orientations de l’école et en assurent son développement. L’assemblée générale des parents élit chaque année ses représentants au conseil d’établissement de l’école où siègent aussi les représentants des enseignants, des professionnels, du personnel de soutien et du service de garde, des membres de la communauté ainsi que la direction de l’école.

Parents partenaires

Chaque année, les parents s’inscrivent et participent à divers comités organisationnels de l’école. Cela contribue à la réussite du projet éducatif. Deux publications, l’Info-Querbes et La Nouvelle-Querbes informent les parents sur une base régulière.

Il faut ajouter à cela le rôle de la direction, qui doit demeurer ouverte et à l’écoute des parents. Elle échange régulièrement, de façon formelle ou informelle mais dialogique, le tout afin de mieux comprendre les enjeux de certaines familles ou des enfants à défi. Cela se fait au travers de divers comités lors desquels parents enseignants et direction échangent sur des thématiques pédagogiques. Idem pour les professionnels et orthopédagogue qui, lors des plans d’intervention, travaillent avec le parent, l’enfant, l’enseignant et la direction pour trouver des moyens à mettre en place afin que les enfants qui ont divers styles d’apprentissage puissent mieux apprendre.

Enfin, la direction veille à la bonne gestion et à l’administration des affaires courantes de l’école et assume un rôle de leadeurship. Cette dernière doit porter, animer, promouvoir et mettre en œuvre le projet éducatif de l’école, en faisant participer de façon concrète et cohérente tous les personnels de l’école ainsi que les enfants et les parents.

Laurence Houllier
Directrice de l’école Nouvelle-Querbes à Montréal

 

Questions de la rédaction

 

À la lecture, je me suis demandé à quelle classe sociale appartiennent les parents de votre école : demander par exemple qu’ils lisent le projet d’une vingtaine de pages, demander un investissement de cette sorte dans l’école, n’est-ce pas privilégier les classes sociales moyennes, comme on dirait en France ? Quid des parents qui ont très peu de disponibilité en temps, ou font partie de ces parents éloignés de l’école ?

Les parents qui choisissent l’école alternative Nouvelle-Querbes sont pour la plupart des parents qui souhaitent autre chose que le mode de fonctionnement de l’école traditionnelle proposé par le système québécois. Dans notre milieu, 35 % des familles ne sont pas des francophones, mais des anglophones en majorité. L’école n’est pas une école de quartier, mais bien une école de territoire qui appartient à la commission scolaire Marguerites-Bourgeoys. De ce fait, tous les parents qui souhaitent y inscrire leurs enfants le font par choix. La majorité de la clientèle appartient à la classe moyenne, souvent en situation précaire. On y trouve des artistes, des professionnels, des entrepreneurs, des travailleurs autonomes. Des rencontres et des portes ouvertes sont offertes aux familles qui souhaitent inscrire leur enfant à l’école. La direction présente le milieu par un film qui explique le fonctionnement de l’école. Dans la foulée de ces rencontres, des parents de l’école (qui font partie du comité inscription) expliquent leur rôle et décrivent toutes sortes de moyens pour s’impliquer. Il est abordé le défi du temps, car les parents travaillent à temps plein pour la plupart, mais d’autres non. Et d’une année à l’autre, cela peut varier. Les parents qui souhaitent s’impliquer en dehors de la journée de classe peuvent le faire au travers de comités qui se déroulent le soir, une fois par mois. Idem pour les sorties ou encore pour les planifications d’activités particulières à la classe. Certains parents peuvent s’impliquer à distance grâce à internet, le courrier de classe permet les échanges à distance si cela est nécessaire. Ce qui est important dans l’implication parentale au-delà de la classe, c’est le suivi auprès de son enfant : regarder les cahiers à la maison, aider son enfant à faire de la recherche dans son projet personnel, lire un livre. Tous ces éléments sont expliqués lors de présentation de l’école au moment des portes ouvertes par les enseignants et la direction, qui répondent aux questions des parents. Enfin, toujours dans ce contexte, les parents peuvent visiter l’école, ce sont des enfants et des parents qui assurent la visite et qui répondent aux questions des parents. La lecture du projet éducatif est un incontournable. Il permet de comprendre comment l’école fonctionne et met en exergue les fondements pédagogiques sur lesquels repose notre milieu. Une fois l’enfant inscrit à l’école, tout au long du primaire, des rencontres qui portent sur la pédagogie du projet personnel de l’enfant, ou encore sur l’apprentissage des mathématiques et du français, entre autres, sont expliquées aux parents durant des soirées dédiées à cela. Enfin, pour assurer aux nouveaux parents une inclusion efficace, des soirées spéciales d’accueil leur sont dédiées. Ce sont les enseignants qui les animent, avec des parents expérimentés et des enfants.

Certains psychologues ou psychanalystes (je pense à Serge Lesourd) insistent sur les nécessaires processus de séparation entre les parents et l’enfant et il me semblait avoir compris que ceux-ci avaient besoin que l’école soit un espace de liberté, de vie personnelle, appréciable affectivement et psychologiquement (tout en maintenant bien sûr des instances de participation des parents à la vie de l’école). Qu’en pensez-vous ?

L’opposition entre école et famille dans le contexte de notre milieu est une fausse dichotomie, car l’école elle-même souhaite reproduire le milieu familial, sans toutefois prendre la place de l’enseignant ni faire à la place de l’enfant et encore moins contrôler son espace de liberté. On souhaite qu’il construise son moi authentique et son pouvoir être. Il s’agit plutôt d’espaces distincts qui se nourrissent mutuellement. Un exemple type de notre milieu : l’organisation des classes en multiâge, où l’enfant sera une année le benjamin, le cadet ou, enfin, l’ainé. Les divergences et les complémentarités se côtoient, les amitiés se nouent, se dénouent et se transforment. Les parents qui interviennent en classe le font de manière sporadique, avec des buts précis comme aider un groupe d’enfants à finaliser une maquette pour la présentation de projet. Le parent n’est pas tenu de travailler avec son enfant. Le parent ne doit jamais se substituer à l’enseignant dans son rôle d’autorité, seul l’enseignant doit s’en charger. Le parent n’a aucune autorité sur les enfants qui ne sont pas les siens et s’il doit intervenir avec son enfant, il peut le faire, mais toujours dans un contexte constructif. Les rôles sont bien clairs et si, parfois, il est nécessaire de les repréciser, cela est fait. Le parent a un rôle de soutien auprès de l’enseignant. Il doit suivre les directives de celui-ci. La question de la liberté entravée par la présence du parent ne se pose donc pas. D’ailleurs, les enfants aiment lorsque leur parent est présent en classe. Un parent peut animer un atelier en sciences ou un atelier de littérature : lire une histoire et discuter avec les enfants, préparer une pièce de théâtre pour un spectacle de classe. Ou encore un parent ébéniste peut offrir un atelier sur comment restaurer un petit meuble ou bien en bâtir un. D’autres parents peuvent proposer un atelier en robotique ou sur le tricot. Ainsi le parent est un partenaire actif et créatif de l’enseignant. Il met au profit de la classe et de la communauté ses talents et ce qu’il aime faire, tout en respectant le projet éducatif, bien entendu.

 

Références

Laurence Houllier et al., L’école Nouvelle-Querbes : une alternative en éducation, éditions Fides, 2015.

Pour connaître en détail le projet éducatif de l’école Nouvelle-Querbes : www.nouvellequerbes.org

Sur la librairie

 

La coéducation permanente

Que pouvons-nous faire ensemble pour aider tous les enfants à grandir et mieux apprendre à l’école ? Pour ne pas se contenter d’une cohabitation plus ou moins forcée mais réfléchir à la place de chacun, croiser les regards et conjuguer les actions au bénéfice des enfants ?


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