Accueil > Ressources > Nous avons lu > Football : un terrain idéal pour l’éducation


Recension parue dans le N° 408 de novembre 2002

Football : un terrain idéal pour l’éducation

Michel Amram et Emmanuel Audusse, ESF éditeur, coll. « Pédagogies innovations », 2002.

3 novembre 2002


Commander cet ouvrage



Entré en tenue de footballeur dans Football : un terrain idéal pour l’éducation, j’ai très vite pris celle du pédagogue. Si vous n’aimez pas le football, ouvrez pourtant ce livre et vous comprendrez comment on peut, comme cela m’est arrivé, pleurer après une défaite et concevoir le football comme élément central d’une démarche d’éducation.

Les auteurs commencent par parler d’eux, plus exactement de leur rencontre affective avec le football. Emmanuel Audusse qualifie cette rencontre de « coup de poing » qu’on n’oublie pas, moi je dirais coup de foudre. Car c’est d’une véritable passion amoureuse qu’il s’agit.

Michel Amram, lui, découvre avec le football un idéal nouveau, une véritable religion. Il y a ces dieux que sont les grands joueurs et il cite cette phrase qu’on lui a dite : « Si le football représente la religion qui te vient de ton père, il n’est pas étonnant que tu prennes la chose aussi sérieusement. »

Mais surtout ils découvrent tous les deux que le foot c’est le plaisir, la solidarité collective, un révélateur du caractère de chacun. Au fil du livre, le lecteur découvre que les auteurs vont se détacher de cette passion pour utiliser ce jeu comme un outil pédagogique essentiel dans le cadre de l’école de la Neuville.

De plus, la structure du livre permet une lecture libre qui est à l’image de cette liberté que l’école de la Neuville offre aux jeunes qui la fréquentent.

Vous êtes attentifs à l’évolution du jeu des équipes, vous vous précipitez au chapitre 2 que vous lirez sans difficulté aucune. Pas de vocabulaire de spécialiste du football, un dialogue entre les deux auteurs qui rend l’évolution du football parfaitement compréhensible à tous. Les auteurs résistent à la nostalgie du « où sont les belles années du football ? », pour faire ressortir deux éléments importants de cette évolution.
- Le jeu des équipes à tous les niveaux, de la masse à l’élite, a perdu en naïveté et en spontanéité pour davantage d’organisation et de rigueur collectives.
- La rigueur et l’organisation n’empêchent pas l’expression des talents individuels et de la créativité, elles les mettent mieux en évidence.

Les anciens et les jeunes trouveront aussi un historique des grandes équipes du passé et la présentation des joueurs ou entraîneurs qui ont marqué l’histoire et l’évolution de ce jeu.

Moi, j’ai vite pris ma tenue de pédagogue parce que j’ai été séduit par les chapitres 5 et 6 que j’ai choisi de lire d’abord.

Toujours sous cette forme de conversation dialoguée qui rend la lecture facile et attrayante, les auteurs racontent comment leur passion pour le foot, l’amour des jeunes, filles et garçons, pour ce jeu les a conduits à utiliser le football comme activité éducative puis progressivement comment un projet s’est construit pour faire du football un élément central de leur action éducative.

L’intérêt de ce récit est de montrer que le projet se construit avec la vie, au contact de la réalité des jeunes et de la situation. Il n’y a pas une démonstration méthodologique du projet que l’on retrouve souvent dans l’Éducation nationale, mais une mise en œuvre vivante.

La seconde satisfaction me vient de l’utilisation faite du jeu par les éducateurs qui ne font pas du football la finalité de leur action mais un outil qui sert à socialiser, responsabiliser et créer l’esprit collectif et solidaire. Ils vont ainsi mettre en place des situations qui pourront paraître aberrantes à tous ceux qui en éducation physique et sportive ou dans les clubs civils accueillent des jeunes. Pas de classes d’âge, pas de séparation entre filles et garçons qui jouent dans la même équipe, pas de victoire à tout prix, mais un impératif absolu : la qualité du jeu, le respect des règles et des consignes.

Enfin, ce qui me ravit au plus haut point, c’est la place faite à la parole des jeunes. Ils peuvent s’exprimer sur tous les aspects de la vie de l’école, ils ont la libre parole aux entraînements, après le match, dans le journal. Ils disent leurs insatisfactions, leurs reproches, leurs souhaits, leurs satisfactions. Ils vivent l’école en citoyens.

Oui, le football c’est l’apprentissage de la vie, l’apprentissage de la citoyenneté lorsqu’il est pratiqué à l’école de la Neuville.

Un enseignant, un éducateur a le droit de ne pas aimer le football, mais il n’a pas le droit d’ignorer ce livre.

Roger Ebion


Commander cet ouvrage