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N°458 - Dossier "Diriger un établissement scolaire"

Le chef d’établissement, dans les établissements d’enseignement privés

Par Catherine Leduc-Claire

L’animation pédagogique est une des missions fondamentales du chef d’établissement, pourtant c’est celle qu’il a le plus tendance à déléguer, voire à délaisser. Ce témoignage d’une collègue de l’enseignement privé vient éclairer ici un point de vue constructif de cette fonction au service de projets pour la réussite des élèves.

Des missions multiples

Que dit le statut du chef d’établissement de l’enseignement privé ?
« 2.01. Le chef d’établissement a la responsabilité du projet éducatif, des projets pédagogiques, de leur cohérence et de leur mise en œuvre. Dans le respect des textes en vigueur, avec la responsabilité pastorale que lui confère la lettre de mission donnée par l’autorité de tutelle, il a la charge éducative, pédagogique, administrative et matérielle de l’établissement. (...)
2.04.4. L’animation pédagogique est une des fonctions du CE. Il a la charge du choix, de la formation et du perfectionnement des membres de l’équipe éducative, dans le souci du bien de l’établissement et de son caractère spécifique.... Il exerce la responsabilité de constitution de l’équipe des enseignants dans le respect des accords... »

Un animateur pédagogique

Alors, finalement... c’est quoi, l’animation pédagogique ? La pédagogie est souvent définie comme l’action de conduire, mener, accompagner l’enfant. Certains au XXème siècle l’ont réduite à une série de pratiques pour enseigner.
Plaçons nous entre la définition antique et philosophique et la définition techniciste et précisons notre rôle de chef d’établissement :

Le statut est clair : l’animation pédagogique est l’une de nos missions.
La plupart des chefs d’établissements sont d’anciens enseignants, et parmi les missions et les fonctions qui leur incombent, c’est sans doute celle avec laquelle, au départ, ils sont les plus familiers, et donc celle sur laquelle ils ne devraient avoir de leçons à recevoir de personne. C’est aussi, pourtant, celle qu’ils ont le plus tendance à déléguer, pire, à délaisser peut-être.

Quelle est aujourd’hui la situation ?
Des collègues, investis et sur-exposés par les tâches et missions de plus en plus lourdes et nombreuses qui leur incombent, ont parfois tendance à déléguer, et il le faut. Mais déléguer des tâches, ce n’est pas se désinvestir, se désintéresser, de quelque sujet que ce soit, ce n’est pas se déssaisir de la responsabilité. A aucun moment le chef d’établissement ne doit perdre de vue la globalité de ses missions. Elles se croisent toutes, sont au service les unes des autres, mais c’est le pédagogique qui est la clé de voûte de la vie de nos écoles.
Si délégation il y a, réfléchissons et faisons le bon choix : est-ce le domaine de la pédagogie qu’il est le plus pertinent de mettre de côté ? Sans doute pas.
N’est-il pas plus intelligent et moins lourd de conséquences de déléguer sur des tâches administratives, en organisant mieux d’abord l’ensemble des services, et en confiant ensuite des tâches spécifiques soit à des personnes soit à des outils ?

L’animation pédagogique : levier primordial de nos établissements

Un rappel semble nécessaire : dans l’enseignement catholique comme dans l’enseignement privé en général, c’est l’établissement qui doit être premier : l’établissement n’existe que par sa communauté éducative et que par sa mission de scolariser et de faire réussir les élèves qui lui sont confiés par les familles.
Diriger un établissement c’est bien sûr se préoccuper de la gestion : elle est essentielle, mais comme un instrument au service des projets ; diriger un établissement, c’est se soucier d’administration, mais elle n’est qu’un « mal » nécessaire. L’établissement, ce sont des hommes, des femmes au service de jeunes et de projets de réussite ; l’animation pédagogique, ce doit donc être la mission essentielle du chef d’établissement, au service de ces projets de réussite.

S’il est évident que le chef d’établissement ne mènera pas lui-même du début à la fin tous les micro-projets pédagogiques de l’établissement, il n’en reste pas moins que c’est lui qui en est le pivot : soit parce que, informé de toute réforme, de toute modification de programme, il aura lu les textes, il en aura fait une analyse fine, et donc, il donnera l’impulsion pour que les enseignants s’en emparent, et il les guidera , pourra leur poser les bonnes questions, les entraîner vers une problématisation qui leur permettra de sortir d’une mise en œuvre systématique et sans hauteur de vue parfois ou de la contestation systématique de toute volonté de réforme du système en profondeur. Il pourra les pousser dans leurs retranchements si nécessaires, les inciter à s’approprier des démarches nouvelles, impulser les initiatives.
Soit, il sera le coordinateur de propositions venues de ses équipes, il les aidera à les formuler, à les formaliser, à les organiser, à communiquer dessus, il leur donnera les moyens de les mettre en œuvre, de les évaluer, il se fera le garant de l’adéquation entre le projet mis en œuvre et le projet global de l’établissement d’une part et le contrat qui nous lie à l’état d’autre part. Enfin, c’est aussi au chef d’établissement que reviendra la responsabilité de valoriser le travail de ses équipes en leur manifestant la reconnaissance qui leur revient et qu’on oublie si souvent de dire...

L’image de l’établissement, sa réputation, viennent, pour une grande partie, du travail qu’on y mène, de sa qualité, de son originalité, de son adaptation aux besoins des différents publics qui le fréquentent. C’est donc l’animation pédagogique qui est le nœud de la question.
Bien sûr le chef d’établissement ne peut être spécialiste de toutes les disciplines et n’est pas un didacticien professionnel. Cependant, celui qui est capable, quelle que soit sa discipline d’origine, quelle que soit le domaine de sa formation initiale, de discuter avec des enseignants de toutes les disciplines, de leur montrer qu’il connaît les programmes qu’ils sont chargés de mettre en œuvre, qu’il est au fait des dernières réformes et qu’il a réfléchi aux enjeux de celles-ci à la fois sur l’évolution de l’établissement, sur la condition des enseignants et sur le parcours des élèves, celui-là aura joué entièrement son rôle d’animateur pédagogique.
Ne nous contentons pas (même si il est indispensable de le faire) de faire diffuser des extraits de BO dans le casier des enseignants, en leur laissant la bride sur le cou. Informons les, exigeons qu’ils s’informent, qu’ils réfléchissent, qu’ils proposent et aidons-les.
Il en va de la validité de notre présence dans l’établissement, de notre légitimité, tant vis-à-vis d’eux que vis-à-vis des élèves et de leurs parents avec qui nous pourrons parler en sachant de quoi nous parlons. Cela nous permettra aussi d’avoir une vision globale de la scolarité des élèves et de traiter de façon plus pertinente les questions liées à l’orientation. Cela nous permettra aussi de traiter avec les IPR non pas d’égal à égal (chacun sa place) mais en tenant notre place, et toute notre place.

Tenons notre place, toute notre place, faute de quoi...

Ne laissons pas ceux qui se prétendent « pédagogues professionnels », « spécialistes » nous donner des leçons. Parmi eux, combien ne sont plus sur le terrain de l’établissement depuis tant de lustres qu’ils en ont oublié ce qu’est un établissement scolaire, une classe, un élève aussi parfois.
Ils n’ont pas de leçons à nous donner sur ce que nous devons faire en pédagogie.
Les élèves, c’est nous qui les connaissons, qui les avons inscrits, qui les suivons d’année en année. Les enseignants, c’est nous qui les avons recrutés, qui les avons formés pour partie, qui les formons au quotidien, sur le terrain, qui recueillons leurs états d’âme, leur enthousiasme parfois, leur lassitude souvent.
C’est à nous qu’il revient de développer toute initiative, de favoriser toute proposition d’innovation dans notre établissement qui viseraient à améliorer les possibilités de réussite des jeunes qui nous sont confiés.

Que les experts jouent leur rôle d’experts. Nous avons aussi besoin d’eux.
Mais au lieu de stigmatiser comme cela se voit un peu trop souvent tel ou tel collègue qui ne connaîtrait pas parfaitement le nouveau texte concernant telle ou telle discipline ou tel ou tel public, qu’ils en fassent une lecture d’experts, qu’ils répertorient les sources accessibles pour accéder à des informations complémentaires ou à des analyses contradictoires, qu’ils diffusent ces analyses auprès des chefs d’établissement qui gagneront ainsi un temps précieux et auront, mis à leur disposition tout le matériel leur permettant de travailler avec leurs équipes sur le fond et sur la mise en œuvre.
Mais ...
Le chef d’établissement est dans une posture unique : il est le seul à tenir toutes les rênes, à avoir une vision globale de la situation et à détenir tous les leviers pour faire fonctionner, pour impulser. Alors, qu’il s’en serve !
Pourquoi stigmatiser, diviser, alors que l’éducation, l’enseignement sont aujourd’hui confrontés à de telles mutations que la solidarité et la collaboration de tous est de plus en plus indispensable pour avancer et pour tenter de faire bien un métier, celui d’enseigner et d’éduquer, de plus en plus complexe, tant pour les parents, les enseignants et les équipes éducatives que pour les chefs d’établissement.
Pourquoi oublier tout ce que nos établissements font depuis des lustres, souvent sans la moindre publicité ? Les assises ont eu le mérite de mettre le projecteur sur ce qui est le cœur de nos pratiques pédagogiques et éducatives, en faisant remonter des établissements les expériences les plus diverses et les plus riches. Nous n’accepterons pas aujourd’hui que le mouvement s’inverse et que les « experts » décident des orientations que les établissements doivent mettre en œuvre.

Faisons fi de la peur qui tend à nous enfermer dans nos prés carrés de pseudo spécialistes. Soyons audacieux.
Allons vers la collaboration, la confiance, et mettons nous tous au service de la même cause, celle de la réussite des jeunes.

Catherine Leduc-Claire, Déléguée générale SNCEEL [1], ancien chef d’établissement


[1Le SNCEEL est un des quatre syndicats de chefs d’établissements de l’enseignement privé. Fondé en 1925, il rassemble environ 2000 établissements et leurs chefs d’établissement, tant d’écoles, que de collèges, lycées d’enseignement général, professionnel et technologique, établissements confessionnels et non confessionnels.


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