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L’actualité éducative du N°461 de mars 2008

L’orientation « active » : la magie des mots...

Par Marie-Christine Chycki

Le dispositif, expérimenté en 2006-2008 dans quinze académies et généralisable à partir de la rentrée 2009, a un label ambitieux, mais n’aborde le problème que d’une seule face.

L’objectif affiché de cette « orientation active » est de pallier le déficit d’information des nouveaux bacheliers quant à la réalité de l’enseignement dispensé à l’université. « On sait en effet que chaque année un trop grand nombre d’étudiants s’engagent dans un cursus universitaire auquel ils sont insuffisamment préparés, dont ils ne connaissent pas les exigences ou qui offre un nombre restreint de débouchés. » [1]
Quels contenus, quelles compétences attendues en termes d’autonomie ? Quels débouchés ? Le néobachelier le découvre souvent trop tard. Dans la foule des amphis, se retrouvent ceux qui n’ont pas pu intégrer les filières sélectives (prépas, IUT, BTS) du fait de leurs résultats moyens, ou d’un investissement jugé insuffisant dans leur travail personnel.
Moins outillés intellectuellement, moins encadrés, confrontés à des conditions difficiles (logement, coût de la vie), 40 % d’entre eux ne franchissent pas le cap de la seconde année...
La procédure d’orientation active a donc pour objectif d’informer davantage les lycéens dès leur année de terminale sur ce qui les attend en faculté afin d’« éclairer leurs choix »...
L’élève de terminale devra remplir un dossier de pré-inscription. L’université de son côté examinera le dossier et, au vu de son projet, de son parcours scolaire et des exigences du cursus dans lequel il souhaite s’inscrire, confortera son choix initial ou lui conseillera une filière mieux adaptée.
Le texte insiste lourdement sur le caractère purement de « conseil » de cet avis et rappelle la liberté du choix final de l’étudiant dont le droit d’accéder à l’université est garanti par son diplôme de bachelier.

Quels moyens pour la mise en œuvre ?
Du côté du lycée : rien de bien neuf, la procédure décrite est celle en usage actuellement. Du côté de l’université, en revanche, la tâche semble lourde : « L’examen [des dossiers] peut conduire à proposer à l’élève un entretien individualisé ou une information collective. Les entretiens individuels tiennent une place essentielle dans le dispositif pour certains étudiants afin de les accompagner dans leur orientation. »
L’analyse est juste et le mot « essentiel » est bien cité mais un lourd silence s’installe quant aux conditions réelles de la mise en place de cet accompagnement. Si l’on tient compte du fait que l’université accueille chaque année plus de 400 000 nouveaux étudiants, on comprend mieux que la « mobilisation » soit à l’ordre du jour... Et la question centrale demeure : qui ? Quand ? Avec quels moyens ? Alors même que la politique de restriction budgétaire vise à supprimer un fonctionnaire sur deux... On peut malheureusement craindre que l’ensemble de la procédure ne se résume à un traitement informatique des dossiers. Les premiers bilans ne sont guère encourageants.
Si l’intention d’aider les étudiants à être pleinement « actifs » dans leur orientation paraît tout à fait louable, elle ne saurait dispenser d’agir sur l’offre éducative dans le supérieur : si bien des bacheliers s’orientent par défaut, ce n’est pas seulement par méconnaissance, mais par manque de place en BTS ou en IUT ; et s’ils sont aussi nombreux à échouer en premier cycle universitaire, c’est aussi parce qu’ils sont confrontés à des pédagogies peu adaptées à cette nouvelle « massification universitaire ». C’est bien aussi à l’enseignement supérieur tout entier d’être « actif » pour s’adapter aux nouveaux publics de bacheliers.

Marie-Christine Chycki, professeur de français en lycée.


[1BO n° 5 du 31 janvier 2008.