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Projets scolaires européens

L’Europe, une école ouverte

Viviane Devriésère et Jean-Luc Moreau

9 mars 2015

Erasmus+ offre aux enseignants, personnels administratifs et personnels de direction et élèves la possibilité d’effectuer des mobilités de divers types. Viviane Devriésère et Jean-Luc Moreau sont évaluateurs externes auprès de l’Agence Erasmus+ France depuis de nombreuses années, un organisme qui assure la promotion et la gestion d’Erasmus+. Ils indiquent ce que recouvre plus précisément ce soutien européen et montrent deux exemples de projets.

Lire aussi : Pourquoi et comment se lancer dans un projet européen ?


Erasmus+ est le programme de l’Union européenne dans les domaines de l’éducation, la formation, la jeunesse et du sport pour la période 2014-2020. Il propose deux actions clés aux équipes des établissements : la mobilité à des fins d’apprentissage (KA1) et la coopération pour l’innovation et les bonnes pratiques (KA2).

Deux actions clés et des priorités européennes

L’action clé 1 (KA1) regroupe des projets de mobilité à des fins d’apprentissage. Elle permet aux personnels des établissements scolaires et aux élèves de l’enseignement professionnel de se rendre physiquement dans un pays autre que le pays de résidence, afin d’y entreprendre des études, une formation ou une éducation non formelle ou informelle. C’est l’établissement qui dépose la candidature. Ces projets permettent d’acquérir de nouvelles compétences, connaissances, méthodes, ou encore d’effectuer une coopération entre différents secteurs comme la formation professionnelle ou le monde du travail. Les personnels des établissements scolaires peuvent effectuer des mobilités de deux jours à deux mois pour des missions d’enseignement, des stages d’observation ou une participation à un cours structuré. Pour les élèves de la formation professionnelle, apprentis ou encore diplômés de moins d’un an, il est possible d’effectuer un stage en entreprise d’une durée de deux semaines à douze mois.

L’action clé 2 (KA2) s’intitule « Coopération pour l’innovation et les bonnes pratiques ». Elle repose sur la constitution de partenariats stratégiques : si les partenaires sont des établissements scolaires, deux organisations de deux pays différents peuvent suffire ; pour les autres organismes, il faut trois organisations minimum, issues de trois pays participant au programme et œuvrant dans les champs de l’éducation, la formation ou la jeunesse. L’action clé 2 permet de mettre en œuvre, de développer ou de transférer des pratiques innovantes, afin d’améliorer la qualité des systèmes d’éducation et de formation. Des thématiques très diverses peuvent être abordées, avec des coopérations impliquant une grande variété d’acteurs, entreprises, collectivités. Différents types de mobilités d’apprentissage sont alors possibles : le personnel peut participer à des réunions transnationales pour gérer son projet, mais aussi à des formations de groupe, d’une durée de moins de deux mois, et à des missions d’enseignement de longue durée (de soixante-et-un jours à douze mois). Les élèves de plus de 14 ans peuvent aussi effectuer des mobilités d’étude de longue durée (de soixante-et-un jours à douze mois).


©Pierre Dubois

Le projet doit impérativement s’inscrire dans les priorités européennes définies pour l’année 2015, priorités horizontales (développement des compétences et développement de l’esprit d’entreprendre, formation et apprentissage par les TIC (technologies de l’information et de la communication) ou adaptation aux nouveaux besoins de compétences par exemple) ou priorités du secteur scolaire (prévention du décrochage scolaire, accompagnement des jeunes qui ne maitrisent pas les compétences de base (français, mathématiques), qualité de l’éducation de la petite enfance ou professionnalisation du métier d’enseignant.)

Un miniMooc et seize lycées professionnels

Le collège Sainte-Anne du Bouscat lance le projet MiniMOOC, ou apprendre en s’initiant aux nouvelles technologies et aux nouvelles modalités de formation : « Nos élèves vont créer un MOOC (Massive Open Online Course) sur la culture française, en s’appuyant sur le programme de 4e et de 3e. Leurs camarades grecs feront de même. Mais plus largement, tout élève qui le voudra pourra s’inscrire à ce cours et le consulter, raconte Rozenn Petit, la directrice de l’établissement. Ce projet est parti d’un constat : les connaissances en histoire et en littérature, que nous bâtissons durant les années de collège, sont oubliées par les élèves quand ils arrivent en lycée. » Pour pallier ces problèmes, l’équipe des enseignants a monté un projet européen ayant pour objectif de mener les élèves à la réalisation d’un MiniMOOC. Les élèves réalisent un « kit de connaissances de base » de la culture française. Ce kit, qui sera placé sur une plateforme largement accessible à tous, est destiné à toucher des élèves d’autres pays et d’autres établissements. Ce sont les élèves qui dispensent le savoir.

Les élèves français et grecs choisissent les auteurs qui leur semblent le plus représentatifs de leur culture. « On a fait des recherches, on travaille par visioconférence avec nos camarades grecs. C’est génial ! » Enthousiasme partagé par les enseignants : « Il permet des recherches plus abouties, un travail sur l’oral qui prenne en compte la réception du public et une maitrise déjà des futurs outils de formation, que les élèves apprennent à réaliser eux-mêmes », dit Christine Bernaud, professeure principale de la classe. Pour des retombées positives : « Ce projet permet de rendre les élèves plus performants dans l’utilisation des TIC. Ils améliorent aussi tout au long de l’année leurs compétences à l’oral. Le fait de travailler avec de jeunes Grecs est un apport extraordinaire. Ils échangent par visioconférence, par courriel, ce qui les motive beaucoup et leur montre d’autres façons de travailler. Ils découvrent aussi une culture grecque moderne qu’ils ne connaissaient pas du tout et s’intéressent beaucoup plus à la leur, qu’ils cherchent à faire partager », précise Rozenn Petit. Cette expérience a dynamisé toute l’équipe : d’autres enseignants, entrainés par cette expérience positive, sont en train de monter un autre projet pour 2015.

Le projet Aquitapro, consortium de seize lycées professionnels aquitains, est coordonné par le lycée Gustave-Eiffel de Bordeaux et est bâti sur une « épine dorsale pédagogique constituée par une formation complémentaire d’initiative locale (FCIL) », nous indique le proviseur, Michel Briand. Il concerne chaque année quatre-vingt-dix jeunes lauréats d’un bac pro ou d’un BTS, dans l’année qui suit leur formation professionnelle initiale. La formation s’inscrit dans l’année scolaire et se compose de trois temps : une préparation culturelle et linguistique avec dispositif de formation à distance et plusieurs séminaires de regroupement, une mobilité en Europe de six mois, puis une restitution de l’expérience (de façon collective et individuelle) durant deux à quatre semaines. Et les impacts sur les élèves sont visibles : Michel Briand nous indique que « 50 % de ces jeunes sont employés dans leur entreprise européenne d’accueil initial, les 50 % restants ayant opté pour une poursuite d’études à un niveau plus élevé ». Maria Corona Fernandez, coordinatrice du projet, précise : « Moi qui les ai vus avant et après leur stage, je constate que, lorsqu’ils reviennent, ce sont des personnes différentes, avec du recul, de la maturité. Leur manière même de parler change, et ils osent parler en langue étrangère ! » En dehors des aspects linguistiques et culturels, le plus difficile pour les bac pro est de rechercher une entreprise : « Nous avons choisi de ne pas passer par des intermédiaires : les jeunes doivent contacter directement les entreprises, par téléphone ou par Skype », indique Maria Corona Fernandez. « L’équipe les aide, mais les jeunes sont toujours contents d’avoir acquis leur autonomie dès cette étape. Et ces retours sont très gratifiants pour nous. » En conclusion, pour Michel Briand, « les financements européens ne se limitent pas à la mobilité apprenante, mais viennent alimenter une formation annuelle organisée en trois piliers (préparation, immersion, restitution) qui constitue une vraie valeur ajoutée pédagogique et favorise d’une part la constitution d’une promotion, l’insertion professionnelle des jeunes et, d’autre part, leur poursuite d’études ».

Viviane Devriésère et Jean-Luc Moreau
Vice-présidente et président de l’association des experts et évaluateurs de l’Union européenne, Eval-UE


Pour en savoir plus
Le guide du programme Erasmus+ téléchargeable

Sur la librairie

 

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