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Charlie hebdo

Je pleure

Philippe Watrelot

8 janvier 2015

Philippe Watrelot, président des Cahiers pédagogiques, raconte comment l’annonce de l’attentat lui est arrivé, et qui était Charb, Stéphane Charbonnier, pour les Cahiers pédagogiques.


Pour une fois, Charb et Charlie Hebdo ne me font pas rire... Je suis, comme tous, frappé par la sidération et l’horreur.
J’ai appris cette nouvelle de l’attentat contre Charlie Hebdo alors que nous étions réunis en bureau du CRAP-Cahiers Pédagogiques. Soudain, l’une d’entre nous, regarde son ordinateur et s’écrie “il y a eu un attentat à Charlie Hebdo, il y a une dizaine de morts !”.
Aussitôt notre travail s’arrête, nous sommes stupéfiés. Parce qu’on s’est attaqué à un journal mais surtout parce que le directeur de ce journal est un ami.
Et bien sûr pour moi, particulièrement, ces évènements me replongent des années en arrière, lorsque j’ai vécu le 11 septembre à New York...
Bien sûr nous pensons à toutes ces victimes et à ce journal qui a une place si particulière dans notre histoire personnelle. Pour ma part, j’ai grandi avec Hara Kiri Hebdo puis Charlie-Hebdo, avec Cabu, avec Wolinski... Je n’étais pas toujours d’accord avec certaines outrances mais j’ai toujours pensé que l’humour, la dérision était une condition essentielle de la démocratie...
Mais ce matin, nous pensions surtout à Charb, notre ami de longue date. Ce fut sa prof d’histoire géographie de 3ème, Sylvie Presmisler, une “crapiste”, qui nous recommanda en 1998 cet ancien lycéen de Pontoise, natif de Conflans Ste Honorine. Charb fait alors sa première couverture pour le n°367-68 des Cahiers. Puis à partir de 1999, il nous livre chaque mois “l’école de Charb”. Gratuitement. En fait, nous le payions en “liquide”, en lui envoyant une caisse de bonnes bouteilles chaque année en guise de remerciements !

J’ai toujours été époustouflé par la pertinence de ses dessins alors qu’il n’était pas forcément un habitué des questions complexes liées à l’éducation. Dans notre revue, il était la respiration nécessaire dans un ensemble plutôt austère. Le biais par lequel nous pouvions dire que malgré nos convictions, nous ne nous laissions pas gagner par l’esprit de sérieux...
La gravité fait le bonheur des imbéciles” disait Montesquieu. C’est la citation qui me revient en tête en pensant aux dessins de notre ami.
Au delà de Charb et de ses collègues dessinateurs, c’est bien sûr à la liberté de la Presse que l’on s’attaque aujourd’hui. Et cela interpelle tous les éducateurs. Et en particulier, tous ceux qui, comme moi, ont travaillé sur l’éducation aux médias et ont animé des journaux lycéens. La démocratie c’est la liberté d’opinion nous disent les discours officiels mais j’ai envie de rajouter que c’est aussi l’humour...
C’est ce que j’ai envie de transmettre à mes élèves. La nécessité et l’urgence de ce regard critique et décalé sur ce que nous vivons.

Je pleure mais de rage...
Je pleure mais c’est de colère...
Une colère qui fait avancer et qui met en mouvement !
Ne baissons pas les bras, nous leur devons ça...

Philippe Watrelot