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Bienveillance et bien-être à l’école, plaidoyer pour une école humaine et exigeante

Sous la direction d’Aziz Jellab et de Christophe Marsollier., Éditions Berger-Levrault, 2018

3 octobre 2018

Il est parfois des collections dont les noms vont comme un gant aux ouvrages qu’ils font paraître. Les éditions Berger-Levrault, spécialisées dans les ouvrages liés aux services publics français, viennent ainsi de faire paraitre un bel ouvrage consacré à la bienveillance et au bien-être à l’école dans leur collection «  Les indispensables  ». On peut juger ce livre comme tel. L’ouvrage a été dirigé par deux hauts fonctionnaires de l’état : Aziz Jellab et Christophe Marsollier, IGEN et enseignants-chercheurs.

Le livre est structuré en deux parties : une première, plus conceptuelle, a pour objectif d’apporter différents éclairages à la notion de bienveillance ; une seconde, plus empirique, vise à illustrer au travers de différents projets, ce que peut être «  la bienveillance en acte  ». Mais l’une des qualités de cet ouvrage est que jamais la théorie ne s’éloigne de la visée pratique, et jamais l’ancrage avec le terrain ne néglige les apports de la théorie.

La première partie du livre comporte cinq chapitres, chacun rédigé par un inspecteur qui s’efforce de clarifier l’un des aspects de la bienveillance. Aziz Jellab ouvre la réflexion en s’interrogeant sur les liens que la notion entretient avec le care et l’émergence de la notion de bien-être. Il ne néglige pas l’approche critique et débouche sur l’expression des trois dimensions qui pour lui sont les conditions d’une école bienveillante : la prise de conscience du pouvoir et du poids de l’école sur le devenir des élèves (notamment les plus faibles), l’attention à porter au rapport au savoir et l’évaluation des élèves.

Le chapitre suivant est écrit par Christophe Marsollier. Avec la clarté qui caractérise ses productions, il fait la distinction entre la bienveillance passive, minimale, et la bienveillance active, dont il nous invite à considérer la valeur éthique. Dans la section 2 du chapitre, il dresse un tableau des modalités possibles de la bienveillance de l’enseignant. Il donne des exemples d’attitudes bienveillantes d’un enseignant en classe en les spécifiant aux moments pédagogiques fonctionnels (l’accueil en classe, la présentation de l’activité, la mise en commun, etc…) et en dégageant les enjeux pour les élèves. Il poursuit en s’attaquant à illustrer les attitudes bienveillantes lors des moments de résistance des élèves. Il fait ensuite le lien avec les besoins psychiques fondamentaux des élèves et débouche sur une réflexion éthique qui aide à penser les situations de dilemmes quotidiens rencontrés en classe. L’ensemble est clair, précis, convaincant, et offre des prises solides au déploiement de la notion dans les pratiques professionnelles.

Dans le troisième chapitre, Karine Raveau interroge les liens entre justice et bienveillance à l’école Partant du constat du sentiment d’injustice prégnant dans le système éducatif français, elle montre l’importance d’un cadre juste pour tous et soucieux du bien-être de chacun et de tous à la fois.

Au chapitre 4, Vincent Paré s’intéresse à la formation des enseignants. Il explicite les principes, obstacles intrinsèques et extrinsèques qui constituent des entraves au déploiement de la bienveillance, avant de proposer une réflexion sur l’articulation entre les dimensions intimes et collectives, proposant des axes et des étapes visant à la construction d’un dispositif à même de renforcer la bienveillance des participants.

Le dernier chapitre de cette partie est consacré à la question du sens et de la réussite des études en lycée professionnel. Sylvain Huet illustre sa réflexion d’exemples précis de démarches, dispositifs, de témoignages.

La seconde partie de l’ouvrage propose « quelques exemples empiriques  » de bienveillance en acte, tels le programme Motiv’action de prévention du décrochage, un projet de coopération menée dans un collège de Nantes, un programme d’éducation pour développer la résilience, etc. Ces exemples illustrent, s’il en était encore besoin, la proximité de la notion avec les situations de vulnérabilité scolaire et sa capacité à soutenir le maillage des relations et des apprentissages, et à produire du bien-être à l’école.

En moins de 300 pages, les différents auteurs ont composé un ouvrage lucide puisqu’il n’occulte pas les clivages ni les dérives possibles. Mais il s’agit aussi et surtout d’un livre très bien documenté, proposant des approches variées qui permettent de donner une réelle solidité à la bienveillance, témoignant ainsi de sa puissance manifeste pour le monde éducatif.

Gwenola Reto