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Aller de l’avant

Lourde va être la tâche du nouveau ministère. Comment ne pas écouter les sirènes du conservatisme, comment dépasser l’approche quantitative ? Le CRAP-Cahiers pédagogiques sera aux côtés de ceux qui veulent vraiment refonder l’école.

18 mai 2012

L’école sort en piteux état des cinq années de la présidence de Nicolas Sarkozy, pour ne pas remonter plus loin. En affirmant que sa priorité irait à la jeunesse, en proposant de desserrer enfin l’étau des suppressions de postes, en se montrant ouvert aux innovations pédagogiques, le président élu laisse augurer l’ouverture de temps plus favorables pour l’école, et plus généralement pour l’éducation de la jeunesse.

Le CRAP-Cahiers pédagogiques s’est efforcé de contribuer aux récents débats électoraux, et nous estimons que les idées comme les mesures que nous avons mises en avant à cette occasion sont plus que jamais d’actualité dans le nouveau contexte politique. Nous nous associerons pleinement à toute initiative allant dans ce sens, avec le vif espoir que la parole des mouvements pédagogiques soit entendue et prise en compte.

Des premiers projets encourageants

François Hollande a d’ores et déjà annoncé ses principaux chantiers : l’arrêt des suppressions de postes et le recrutement de personnels de l’Éducation nationale ; une réforme du métier enseignant, en particulier pour la formation initiale ; une réforme des rythmes scolaires. S’il est effectivement indispensable de réparer les dégâts commis ces dernières années sur ces différents points, il nous semble essentiel de ne pas se contenter de reproduire à l’identique le système éducatif de, disons, 2002. Reconstruire doit être aussi une occasion de repenser les fondements comme les structures de l’école.

  • Ainsi des rythmes scolaires. Revenir à une semaine de quatre jours et demi à l’école primaire fait consensus. Mais en rester là serait négliger une double réflexion indispensable : d’abord sur ce qui se fait durant le temps scolaire, ensuite sur le caractère global de l’éducation des enfants. Raisonner en termes de temps de travail n’est pertinent que si on pose d’abord la question de fond, celle de la pédagogie : bien des activités sont ennuyeuses et fatigantes, d’autres peuvent mobiliser les enfants, capter leur attention sur la durée. Plutôt que de vouloir réduire le temps de présence des enfants à l’école, comme on l’entend dire, il serait plus utile de s’occuper du cadre propice à leur accueil : des locaux adaptés, des personnels suffisamment formés et nombreux, des activités ajustées avec les autres temps éducatifs. C’est par une approche d’ensemble qu’il faut prendre le problème : si un enfant passe une cinquantaine d’heures par semaine pris en charge, hors de sa famille par différentes structures éducatives, dont l’école, comment organise-t-on l’action et la coordination de tous ces acteurs autour des contenus et des temps d’apprentissage ?
  • L’arrêt des suppressions de postes est indispensable, le recrutement de nouveaux personnels précieux. Mais pour faire quoi ? Diminuer le nombre d’heures supplémentaires peut être utile, diminuer la taille des classes est parfois nécessaire. Mais cela n’aura d’effets durables que si d’autres changements indispensables sont entrepris : dégager du temps pour permettre aux équipes des établissements d’organiser leur travail, de se former est certainement plus décisif pour ce qui compte au final, les apprentissages des élèves.
  • Le rétablissement d’une formation initiale digne de ce nom est acté. Mais le chantier qui s’ouvre doit s’élargir à la formation professionnelle dans son ensemble. Une excellente formation initiale n’a guère d’effets sur l’ensemble du système quand les nouveaux enseignants s’insèrent dans des fonctionnements d’établissement rodés, voire figés. Le développement des compétences professionnelles de tous les acteurs intervenant auprès des élèves doit être pensé dans le cadre des collectifs de travail, en prenant en compte les ressources internes, les collègues plus expérimentés de l’école ou de l’établissement, comme en mobilisant des ressources externes, formateurs ou universitaires. Si enseigner est un métier qui s’apprend, il s’apprend tout au long de la vie, et on ne l’apprend pas tout seul.
  • Redéfinir le métier enseignant ne saurait se limiter à l’intégration de deux ou trois heures d’accompagnement ou de concertation dans les services. L’organisation du travail dans les établissements se limite trop souvent à définir à l’année des emplois du temps qui ajustent dans des grilles heures de cours, salles de classe et groupes d’élèves. Les équipes éducatives doivent avoir les moyens et les ressources pour organiser au mieux les temps d’apprentissage des élèves, pour mettre en place des dispositifs variés pour la prise en compte des besoins de tous et de chacun.
  • Rétablir les Rased est une bonne mesure pour les élèves les plus en difficulté. Mais c’est à l’échelle de l’ensemble du système éducatif, et pas seulement de l’école primaire, qu’il faut penser l’exercice du métier enseignant dans le cadre de réseaux : des intervenants spécialisés sur telle ou telle question éducative, pas seulement l’enseignement d’une discipline, travaillant de façon organisée, et pas dans la sous-traitance des cas difficiles.

L’indispensable confiance

Changer l’école ne peut se faire sans, et encore moins contre les enseignants. François Hollande dit avoir compris la nécessité de rétablir l’indispensable confiance entre les décideurs du ministère et les professionnels dans les établissements. Il serait dommage que le dialogue ainsi renoué aboutisse au statuquo ou à la « négociation » conçue comme marchandage. Le progrès de l’école doit passer par une mobilisation de tous autour d’un projet commun, partagé et mis en œuvre de façon cohérente, autour de valeurs fortes comme la solidarité, la coopération, l’attention à l’autre, le souci du bien commun, plutôt que la seule réussite individuelle.

Pour une école du socle commun

La démarche du socle commun de connaissances et de compétences nous semble devoir être à la base de ce projet. Même si la définition précise du socle commun est à revoir, même si sa mise en œuvre a largement été dévoyée par les derniers ministères, au point de le déconsidérer auprès de nombre d’enseignants, il constitue une promesse démocratique à défendre. D’une part, il s’agit bien de permettre à chaque élève d’acquérir ces compétences-clés sans lesquelles on ne peut être pleinement un citoyen dans le monde d’aujourd’hui. D’autre part, il est essentiel de faire partager à tous les élèves de la scolarité obligatoire un projet et des valeurs communes.

« Refonder » l’école ? Pour nous, il n’y a pas d’âge d’or à regretter, ni avant Sarkozy, ni au temps de notre jeunesse. Fonder une école démocratique, plus juste et plus efficace : la tâche est devant nous.

Le bureau du CRAP-Cahiers pédagogiques
le 15 mai 2012