Une délégation du CRAP-Cahiers pédagogiques (Christine Vallin, Philippe Pradel et Philippe Watrelot) a rencontré, le jeudi 8 décembre 2011 un groupe de représentants du Parti socialiste (David Assouline, Yannick Trigance, Bruno Julliard, Jean-Paul Delahaye) conduit par Vincent Peillon. Cette rencontre, à l’invitation de ce dernier, se situe dans le cadre des « consultations » que mène le candidat François Hollande sur le thème de l’éducation auprès des syndicats, associations et mouvements du monde de l’éducation.

La rencontre a duré une heure et a commencé par une brève introduction de Vincent Peillon qui, après avoir rappelé le cadre de cette rencontre, a insisté sur la priorité que donne le candidat à l’éducation et les trois thèmes majeurs qu’il veut mettre en avant : la formation, le métier enseignant, le temps scolaire.

Nous avons, pour notre part, rappelé le travail de réflexion entrepris au sein du CRAP et à l’occasion des assises de la pédagogie d’octobre dernier. Nous avons ainsi pu présenter nos douze propositions, mais aussi douze mesures élaborées à la suite des ateliers des assises et du travail du conseil d’administration du CRAP-Cahiers pédagogiques.

Nous avons aussi rappelé que nous avions intitulé nos assises « pour une école plus juste et plus efficace ». Pour nous, l’efficacité suppose d’abord que l’école se dote d’un projet clair, celui d’une école démocratique et de la réussite de tous les élèves. Avec des orientations définies nationalement qui permettent ensuite aux équipes de s’en emparer localement et de s’organiser pour y parvenir.

C’est aussi pour cette raison que nous avons choisi de mettre l’accent dès le début de notre intervention sur le socle commun. Car c’est là un projet qui doit devenir un enjeu politique et que cela agit sur tous les autres domaines :
– le métier enseignant avec la nécessité d’un travail d’équipe, la pédagogie différenciée, l’aide et l’accompagnement, etc.
– la formation, puisque cela suppose une formation à toutes les dimensions du métier et de faire évoluer le rapport aux disciplines dans le secondaire (avec un effet sur les concours de recrutement) et de concevoir aussi une obligation de formation continue dans le parcours des enseignants.
– l’autonomie des établissements dans la mesure où, si l’on définit des orientations nationales sur cette base, il faudra aussi que les enseignants bénéficient d’une autonomie collective pour les mettre en œuvre localement.

Notre plaidoyer a été écouté avec attention. Les personnes présentes ont ensuite dialogué avec nous sur les blocages et les leviers possibles pour une évolution du système. Nous avons fait valoir que, si des résistances existent, il y a aussi des points d’appui dans le monde enseignant et que des évolutions des pratiques sont déjà à l’œuvre. « Donner les moyens », c’est aussi favoriser la mutualisation des expériences, la formation, l’innovation. Un levier est aussi à trouver dans l’évolution des évaluations terminales (brevet, bac) qui ont un impact important sur les pratiques des enseignants en amont. Nous avons aussi fait valoir que le terme de « contreparties » utilisé dans les discours actuels comportait ses effets pervers dans la mesure où il laisse entendre aux enseignants qu’il s’agit de « charger la barque ». De même pour celui de « réforme » qui est aujourd’hui complètement dévoyé et qui laisse supposer que tout ce qui se fait aujourd’hui est critiquable et à changer.

On nous a aussi posé des questions très directes sur le temps scolaire en nous faisant remarquer qu’il n’y avait pas spécifiquement de mesures sur ce thème. Nous avons rappelé que nous nous situons dans une action plus globale sur ce point avec nos partenaires des autres mouvements et associations complémentaires de l’école (nous avons signé l’appel de Bobigny qui évoque de manière plus précise cette question). Nous avons aussi été interrogés sur notre vision du métier d’enseignant et de l’horaire global de travail ainsi que sur la nécessaire refondation de la formation. Nous avons répondu en nous appuyant sur les propositions et les mesures issues des ateliers des assises et du travail dans les instances de l’association.

Au final, cette rencontre marque une première étape. Il devrait y avoir d’autres rencontres (bilatérales ou multilatérales) ultérieurement. Le signal que le PS a voulu donner avec ces rencontres de l’ensemble des acteurs est celui d’une écoute attentive, mais exigeante. Avec une volonté de faire bouger le système éducatif, mais en cherchant sinon le consensus, du moins la discussion par le dialogue social.

En tant que mouvement pédagogique, nous jouerons notre rôle de force de propositions dans ce contexte.

Pour le bureau du CRAP-Cahiers pédagogiques,
Philippe Watrelot