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Avant-propos, Petit Cahier N°8 Qu’est-ce que la laïcité ?

PC faire vivre la laïcité

-278.jpg« La laïcité permet d’éviter les conflits ; comme ça aucune religion n’est imposée à personne. » répondent Alyssa et Nissaf, élèves de 3e.

« La laïcité (en tout cas celle exprimée dans la loi de 1905) prescrit des devoirs à l’État en vue des droits des individus ; elle ne prescrit rien aux individus eux-mêmes, sinon de respecter un cadre législatif », répond le chercheur Pierre Kahn.

Voilà deux définitions simples et convergentes qui disent d’abord « à quoi ça sert » plutôt que« de quoi il s’agit ».

C’est qu’il ne s’agit pas à proprement parler d’une « valeur » mais d’un principe régulateur de la société : un principe qui s’impose à l’État et à ses agents, et qui offre pour chacun un cadre à la liberté de croire ou de ne pas croire, qui autorise à penser plutôt qu’il interdit, qui offre à tous la liberté de leurs convictions et la sécurité de la place publique pour en débattre.

Certes, mais à l’école, ne faut-il pas protéger les enfants du prosélytisme ? ne faut-il pas leur proposer de poser, le temps d’apprendre, toutes les idées reçues pour apprendre le « libre examen » qui fera d’eux des citoyens conscients et critiques et des individus capables à la fois d’assumer des héritages et de prendre une distance critique avec ces héritages ?

« Oui, mais comment ? » demandent, comme toujours, les pédagogues. Ce Petit cahier ne prétend pas donner des réponses complètes et définitives à cette question. Tout juste vise-t-il à donner le cadre dans lequel cette question vaut, à notre sens, d’être posée pour éviter les amalgames et les exploitations opportunistes.

En 1911, Ferdinand Buisson, dans la très forte définition du mot « laïcité » de son dictionnaire de la pédagogie1 formulait ainsi l’exigence de laïcité de l’école : « L’enseignement primaire est laïque, en ce qu’il ne se confond plus avec l’enseignement religieux ». Et nous n’aurions qu’à ajouter « Ni plus, ni moins ».

Ce Petit cahier propose tout d’abord d’écouter ce que disent des élèves au collège et au lycée lorsqu’ils sont invités à débattre autour de la laïcité.

Puis deux textes posent la question de la« traduction » de la charte de la laïcité à l’école primaire et au collège : traduire c’est trahir, dit une vieille formule. Les mots pesés par les auteurs de la Charte ne suffiraient-ils pas ? À moins qu’il s’agisse avant tout, à travers l’exercice de « traduction » proposé aux élèves du premier comme du second degré, de s’approprier le texte, d’en réfléchir les nuances, le résultat comptant bien moins que le processus par lequel il a été produit.

Les deux textes suivants offrent aux lecteurs des définitions et des approches de la laïcité et de sa place dans l’école d’aujourd’hui par deux acteurs très impliqués dont le CRAP-Cahiers pédagogiques partage largement les analyses et les propositions.

Enfin nous proposons un texte très récent qui montre où s’arrête le domaine de la laïcité pour faire place à celui de l’interculturalité.

Yannnick Mével
Formateur histoire-géographie-EMC, INSPE de l’Académie deLille-Hauts de France.
Notes
  1. Dictionnaire de pédagogie de Ferdinand Buisson, édition de 1911, article Laïcité. https://tinyurl.com/snejvwb