Suite au licenciement brusque et injuste des assistants des écoles, tous les directeurs d’écoles de Bobigny sont en « grève administrative » depuis la rentrée de septembre. Cela signifie que nous n’allons plus en réunion à l’inspection académique, que nous ne renvoyons plus tableaux et papiers divers à notre administration. Nous tenons bon là-dessus depuis des mois, tous directeurs confondus, syndiqués de toutes étiquettes ou bien non syndiqués.
Nous venons d’être reçus par l’Inspecteur d’Académie en personne. Celui-ci souhaite que nous arrêtions à peu près autant que nous souhaitons retrouver les postes. Non seulement les postes d’assistants ou assistantes de direction (bon, pour moi, comme je l’ai indiqué dans un billet précédent, c’est fait, merci) mais aussi d’assistants d’éducation car les bibliothèques vont à vau-l’eau et les sorties scolaires sont sinistrées, faute d’accompagnateurs. Nous avons écouté ce qui nous était demandé, et nous avons dit que nous nous réunirions avec l’ensemble des directeurs de la ville pour prendre une décision partagée.
Faute de réunions où nous pourrions apprendre les projets gouvernementaux, ceux-ci nous tombent dessus de manière impromptue. Remarquez, l’an passé nous allions en réunion et les projets tombaient aussi sans prévenir, comme l’invraisemblable « livre pour l’été » offert à tous les CM1 par le ministère et la société Total. Là, ce qui est à la mode en cette période électorale c’est le « harcèlement ». Je viens donc de recevoir un carton de porte-clés contre le harcèlement, à distribuer aux CM1 et CM2…
Comment vous faire partager ce que je ressens dans mon bureau, un après midi, en ouvrant le courrier ? Les affiches pour le cross scolaire de la ville à distribuer dans toutes les classes. Les convocations du médecin scolaire (nous venons de récupérer un demi poste). L’avis de recherche d’un enfant qui serait scolarisé dans la ville et dont un hôpital signale qu’il a la gale. La facture de la classe de neige. Les dates des réunions pour les enfants qui seront orientés en classes adaptées pour handicapés. Les dates des formations pédagogiques pour les enseignants le mercredi…
Et pour finir, un paquet poste. J’adore ouvrir les paquets, c’est une joie datant de l’enfance. A l’intérieur, je découvre une lettre de Luc Chatel et plusieurs dizaines de porte-clés « Halte à la violence : réagis », avec un petit dépliant pour chaque porte-clés.
C’est sympa et c’est offert par la « Fondation Boulanger ». Une fondation financée par les descendants du général favorisant le port de la barbe en milieu militaire ? Que nenni, une fondation créée par l’entreprise Boulanger, un concurrent de Darty et de Saturn sur la micro-informatique et l’électro-ménager, quelle bonne idée de populariser son nom auprès des pré-ados !
Mon sang laïque ne fait qu’un tour, car de plus en plus, les « opérations » du ministère sont des campagnes de pub. L’école est déjà submergée de propositions de « concours », de dons d’échantillons pédagogiques « Brosse tes dents avec Signal » ou « Surveille tes poux avec Pouxit »… Je suis donc agacée, mais en ouvrant le dépliant, c’est le comble :
« Si on te donne des coups, cela fait mal. » Ah bon ?
« Interviens si la victime est toujours la même. » Parce que si on tape sur des enfants différents, ça va ?
« Mettre des bêtises sur internet, drôles ou méchantes, sur une personne, c’est mal. » Cette fois, c’est la fin du podcast du petit Journal et des Guignols de l’Info…
Halte au harcèlement entre élèves, oui, sans aucun doute ! Mais en s’y prenant de cette façon, on discrédite un combat légitime. Oui, il faut en prendre conscience, oui il faut savoir l’identifier, oui il faut mettre en œuvre toutes les préventions et les solutions possibles. Mais sans perdre de vue l’essentiel : le principal moyen de lutter contre le harcèlement à l’école est de multiplier les adultes titulaires et formés, stables, pour constituer des équipes durables sur lesquelles les enfants peuvent s’appuyer pour grandir.
Il faut des assistants d’éducation, il faut des conseillers d’éducation, des conseillers d’orientation, des assistantes sociales, des équipes médicales, des enseignants remplaçants, des personnels de Réseaux d’aide, des psychologues scolaires… Tous titulaires et formés à leurs métiers respectifs, ave du temps pour se réunir et travailler en équipe.
Ceux qui laissent croire qu’on protège les enfants avec des porte-clés sponsorisés par une marque se trompent lourdement sur la responsabilité éducative qu’ont les écoles et les collèges. On ne pourra protéger les enfants que par leur entourage permanent par des adultes formés à ces questions.
Je ne trouve pas de mots pour exprimer mon sentiment au sujet d’un gouvernement qui supprime la formation initiale pour distribuer des gadgets.
Véronique Decker

Quand je pense que les textes interdisent la publicité à l’école, je suis scotchée !
Voila donc que ça devient autorisé ? Pour les gros commerçants qui mettent la main au porte-monnaie ? A vomir !
Entièrement d’accord !
Résister!
Après les livres « Total » sur les contes (j’ai failli écrire comptes, mais pour Total c’est ça, ça leur fait diminuer voire pas payer d’impôts!!), voici les porte clefs « Boulanger », l’éducation citoyenne à moindre coût encore, et pour l’état et pour la société… Boulanger. Bref une école de la mystification, des ersatz d’éducation, pour tenter de contrebalancer un vide insondable de formation des enseignants!
Et à l’ère du gadget et des cartes de fidélités, des cadeaux en tout genre dans les magasins…. ben pourquoi pas l’école! AU SECOURS!
Vous avez eu des porte-clés, vous ? Extraordinaire (… de stupidité) !
) ?
J’ai parcouru en diagonale la lettre du ministre et voyant que ça ne concernait pas mes petits, j’ai tout refilé à ma collègue de CM1/CM2 qui a archivé définitivement, si vous voyez ce que cette expression signifie, mais je ne crois pas qu’il y ait eu des porte-clés…
Ils n’étaient pas démontables et récupérables pour le cadeau de fêtes des mères