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N°450 - Dossier "Images"

Sur le texte et les images de Yakouba

Par Lionel Lefebvre

Lionel Lefevre, professeur des écoles, a travaillé l’image de presse, l’image en publicité et les illustrations d’albums, avec des établissements classés REP (Libercourt -62) et dans une école d’application d’Arras.
Conseiller Pédagogique en milieu rural (St-Pol/Ternoise) il tente de convaincre les collègues de s’y intéresser davantage : « Pourquoi travailler l’image ? » est, par exemple, un thème de travail d’une animation à l’école de Frévent.
Cet article est consacré à un travail pédagogique réalisé avec un Professeur des Ecoles, M. Mickaël Marquant, réalisé en milieu rural avec une classe de CM1/CM2.

L’objectif est d’entrer dans une oeuvre littéraire [1] en donnant un sens à ses illustrations. Les images figurent des moments cruciaux et sont chargées d’implicite. Les travailler en les déconnectant du texte permet un premier travail d’interprétation : dégager les thèmes apparents donnés par les illustration, ordonner les illustrations pour proposer une histoire, écrire un texte en rapport avec la chronologie des illustrations mise en place, débattre des interprétations proposées en s’appuyant sur les illustrations.

Dans ce travail, on fait appel a des compétences transversales :
Lire à haute voix tout texte utile à l’avancée du travail, saisir rapidement l’enjeu de l’échange et en retenir les informations successives ; commencer à prendre en compte les points de vue des autres membres du groupe ; à propos de toute lecture entendue ou lue, formuler une interprétation et la confronter à celle d’autrui ; dire quelques-uns de ces textes en proposant une interprétation (et en étant susceptible d’expliciter cette dernière) ; commencer à rapporter devant la classe (avec ou sans l’aide de l’écrit) de manière à rendre ces productions compréhensibles ; rédiger, à partir d’une liste ordonnée d’informations, un texte à dominante narrative, explicative, descriptive ou injonctive, seul ou à plusieurs, dans le cadre d’un projet d’écriture relevant de l’un des grands domaines disciplinaires du cycle 3, à partir des outils élaborés par la classe

Et les consignes permettent un travail sur des compétences spécifiques :
Élaborer et écrire un récit d’au moins une vingtaine de lignes, avec ou sans support, en respectant des contraintes orthographiques, syntaxiques, lexicales et de présentation ; avoir compris et retenu que le sens d’une oeuvre littéraire n’est pas immédiatement accessible, mais que le travail d’interprétation nécessaire ne peut s’affranchir des contraintes du texte.

Progression :

  1. Entrer dans une œuvre littéraire en donnant un sens à ses illustrations.
  2. S’approprier l’oeuvre littéraire par une découverte progressive (mettre en place les conditions du rite de passage et le retournement de situation qui s’opère). Placer les élèves devant le choix du héros.
  3. Participer à un débat interprétatif (« Yakouba a t’il été courageux ? ») pour comprendre les enjeux , s’interroger sur le choix du héros pour comprendre les enjeux fondamentaux de l’oeuvre étudiée. On peut intercaler une séance avant le débat interprétatif de la séance 3. Il s’agirait de découper le texte donné en bloc pour associer des parties aux images données sous format de vignettes. Cela permettrait un travail de justification reposant sur les informations délivrées par les images.
  4. Le débat « Yakouba a t’il été courageux » peut s’élargir lors d’un débat philo à « qu’est ce que le courage ? »

Prolongements

On peut lier ce travail aux arts visuels (travail au fusain par exemple), à la géographie, à l’éducation civique (sensibilisation à la différence culturelle en étudiant les rites de passage d’autres sociétés), et mettre cette lecture en réseau avec d’autres oeuvres où le héros doit faire un choix de même nature qui détermine son avenir (ex : « le chasseur », Mary Casanova)

Observations

Excellente implication des enfants dans le travail de groupe : tous les élèves participent et argumentent.
Tous les groupes ont évoqué un combat contre un lion ; ils ont expliqué que c’était le plus jeune/plus petit guerrier de la tribu qui partait affronter le fauve (certains groupes ont à cet égard évoqué ce combat comme une épreuve où ce jeune guerrier devait prouver quelque chose à sa communauté) ; ils ont donné comme vainqueur de l’affrontement le guerrier au détriment du lion.

Si la trame de l’histoire originale est globalement bien respectée, deux images ont été à l’origine d’âpres négociations dans les groupes afin de les insérer au mieux dans le déroulement de l’histoire. Il s’agit des images où l’on voit Yakouba garder les troupeaux.

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© Seuil jeunesse 1994, illustration de Thierry Dedieu
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© Seuil jeunesse 1994, illustration de Thierry Dedieu

Un groupe a intégré ces images dans la trame de son histoire (les éleveurs sollicitent les guerriers pour tuer le lion qui s’attaque à leurs troupeaux) mais en règle générale ces images sont apparues comme « parasites » et sans lien avec l’histoire originale. Pourtant ce sont des éléments déterminants.
Aussi pour clore le travail le maître accroche dans la classe ces deux images au format A3 avec cette explication : « ces images sont très importantes pour comprendre l’histoire. Je les laisse dans la classe afin que vous puissiez les observer à loisir ».
Il s’agit de s’imprégner des illustrations et de l’attitude du jeune Yakouba afin d’exploiter cette imprégnation durant la prochaine séance.
On peut ensuite retravailler le caractère évocateur des images avant de poursuivre. L’implicite qu’elles envoient servira de base aux fututes interprétations.

Lionel Lefebvre


Les illustrations sont reproduites avec l’aimable autorisation des éditions du Seuil Jeunesse.
- Commander Yakouba sur le site Alapage


[1Yakouba, Thierry Dedieu, Seuil jeunesse, 1994.
On peut lire aussi, sur le même sujet, un texte de Nicolas Go, dans « Pratiques philosophiques » avec le compte-rendu d’une réunion de synthèse à Montpellier par Michel Tozzi et la citation complète du texte de Thierry Dedieu
ttp ://pratiquesphilo.free.fr/contribu/contrib119.htm [NdLR]


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