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Quelle éducation prioritaire ?

Quelle place pour les IEN ?

Lydie Heurdier

Une politique comme celle de l’éducation prioritaire relève de décisions du sommet de la hiérarchie, de leur mise en œuvre par les acteurs au plus près du terrain, mais également de la mobilisation et de l’implication de la hiérarchie intermédiaire.

Très peu d’écrits portant sur la politique d’éducation prioritaire font référence aux autorités intermédiaires : les discours se focalisent soit sur l’échelon ministériel, soit sur les enseignants et les établissements. À l’occasion d’un travail de thèse, j’ai été frappée par le rôle crucial qu’y ont tenu les inspecteurs de l’Éducation nationale (IEN), notamment certains d’entre eux.

Un rôle permanent, mais méconnu

Pourtant, les échelons hiérarchiques intermédiaires ont eu, dès le départ, un rôle essentiel lors des temps forts de cette politique déconcentrée (mise en place et relances), ainsi que dans le pilotage permanent des territoires prioritaires. En 1990, au moment de la première relance, les corps d’inspection, et en particulier ceux du premier degré, sont mis en avant. L’une des caractéristiques de la circulaire du 1er février 1990 est l’institutionnalisation marquée du dispositif prioritaire : le responsable de la zone, désigné par l’inspecteur d’académie, est soit un chef d’établissement, soit un inspecteur départemental de l’Éducation nationale (Iden), soit un directeur de centre d’information et d’orientation (CIO) de la zone d’éducation prioritaire (Zep). Les Iden, devenus depuis IEN, sont donc chargés en tant que cadres intermédiaires d’être les représentants, d’une part, de la Zep au niveau départemental et académique et, d’autre part, de la hiérarchie auprès des acteurs de terrain. Interface, médiateur, l’IEN, par sa bonne connaissance du terrain, sa proximité avec les enseignants de sa circonscription, est de fait un interlocuteur plus en prise avec les réalités du terrain que les inspecteurs pédagogiques régionaux (IPR) disciplinaires dont le champ d’action est l’ensemble des enseignants du second degré de leur académie. Cependant, le pilotage d’une Zep ajoute de nouvelles activités professionnelles qui requièrent d’autres compétences. Depuis 1990 en particulier, le couplage en milieu urbain d’un grand nombre de Zep avec les quartiers en développement social de quartier (DSQ) et développement social urbain (DSU) a contraint même les IEN les plus réticents à participer aux réunions avec les acteurs de la politique de la ville, les municipalités et autres partenaires associatifs. Leur position institutionnelle les place d’emblée comme interface entre l’école et le hors-école. Vécue parfois de manière formelle, elle a pu l’être aussi de manière plus engagée, et les effets sur le territoire ont alors été manifestes. Nous avons pu observer ainsi, à différents moments de l’histoire de la politique d’éducation prioritaire, l’importance de ces acteurs-là.

Des copilotes

En 2006, dans la circulaire de création des réseaux ambition réussite (Rar), le principal du collège est davantage mis en avant que l’IEN, qui, cependant, « peut également faire partie du comité exécutif ». De fait, dans nombre d’académies et départements, en continuité avec le passé, les IEN sont officiellement présentés et reconnus comme copilotes avec les principaux de collège. Ils ont en charge le choix du secrétaire du comité exécutif et des maitres surnuméraires, postes à profil. Ils élaborent une lettre de mission, contractualisation au moins théorique, évaluent les personnes chaque année, l’attribution pouvant être revue annuellement. Le recrutement des personnels des premier et second degrés chargés des liens entre les écoles (CM2 en particulier) et les collèges (6e surtout), oblige à un pilotage et à un suivi assez rigoureux, conduit à parité avec le principal du collège. La place de l’IEN dans ce binôme n’est pourtant pas vraiment stabilisée et apparait fluctuante selon les contextes départementaux ou académiques. La personnalité même des acteurs influe sur les relations de travail qui s’établissent entre les deux copilotes. La prééminence de l’un sur l’autre peut être, de plus, liée au climat qui règne dans les écoles comme dans le collège, chacun étant porte-parole et mandataire d’un degré, degré aux représentations et pratiques professionnelles spécifiques.
Rappelons que l’IEN est, de par sa fonction ordinaire, chargé d’assurer « le suivi pédagogique et didactique régulier » des jeunes enseignants. Il doit également promouvoir les actions dites innovantes, repérées dans les écoles du réseau, tout en répondant aux exigences nouvelles liées à la mise en place complexe du socle commun de compétences et de connaissances (évaluations diverses et mise en place des livrets de compétences). Il doit encore veiller à ce que les familles soient considérées comme des alliées dans la réussite scolaire des enfants.
Cette fonction institutionnelle multiforme rend la posture de l’inspecteur de circonscription parfois acrobatique, à tout le moins inconfortable. Garant d’une dynamique locale nécessaire pour lutter contre les déterminismes, il ne peut échapper aux injonctions hiérarchiques émanant du national ou de l’académique, dont parfois les cadrages flous le conduisent à interpréter et faire preuve d’autonomie. De fait, depuis trente ans, cet acteur a une place déterminante, mais peu valorisée dans le fonctionnement de la politique d’éducation prioritaire.

Lydie Heurdier,
université Paris 8, Laboratoire ESCOL-CIRCEFT.


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