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L’actualité éducative du N°476 de novembre 2009

En Belgique, TRACeS de ChanGements

Ailleurs dans le monde... les revues pédagogiques

Alors que notre revue est confrontée à des problèmes bien compliqués liés au développement du numérique et de la culture du gratuit sur Internet, alors que notre école navigue dans des eaux bien incertaines entre réforme et réaction, nous avons voulu voir comment s’en sortaient d’autres revues pédagogiques ailleurs dans le monde, à commencer par les francophones, au Québec, en Suisse romande ou en Belgique.

TRACeS de ChanGements est le journal militant d’un mouvement sociopédagogique, ChanGements pour l’égalité (CGé), fonctionnant essentiellement à partir du travail volontaire de ses membres. Il s’adresse à un large public de professionnels de l’école, autour de l’école et du secteur associatif, tous d’abord praticiens. Nous veillons dès lors à équilibrer nos numéros : récits d’expériences, propositions de démarches, d’outils pédagogiques, articles de réflexion, opinions et débats… Il s’agit d’une revue pour praticiens généralistes beaucoup plus que d’une revue pour spécialistes théoriciens.
De manière générale, un article journalistique, quand il veut décrire des pratiques, des événements, des expériences vécues, tient du récit. Dans TRACeS de ChanGements, nous essayons d’éviter les recettes toutes faites, les vérités bien établies, les « voilà comme il faut faire ou penser ». Les hésitations, les faux pas, les questions ou hypothèses qui traversent le travail de chacun sont souvent bien plus utiles au lecteur qu’un produit fini et tout ficelé. Les articles de réflexion tentent de prendre distance par rapport aux pratiques et remplissent un devoir critique par rapport aux positions sociopédagogiques dominantes.
Cinq fois par an, notre revue présente des dossiers sur des thèmes liés à l’éducation, aux apprentissages et à la justice sociale. On y trouve des récits de pratiques, des témoignages, des démarches d’apprentissage, mais aussi des analyses politiques et sociologiques en matière d’éducation au sens large.

Pourquoi faire écrire sur les pratiques au quotidien ?

Notre revue a pour but de faire circuler idées et pratiques de terrain en lien avec un objectif : faire reculer l’échec scolaire là où il est le plus criant, à savoir chez les enfants et les jeunes issus des milieux populaires. Mais il n’est guère facile, ni confortable, de se rendre compte que, par son travail dans l’école et les classes, chacun peut participer à la reproduction des inégalités sociales. La domination culturelle dans l’école est insidieuse et extrêmement difficile à combattre. Elle se cache souvent sous les meilleures intentions et la formation des enseignants ne leur fournit généralement ni les outils d’analyses, ni les moyens d’inverser ce processus. Et pour cause, si une société reproduit systématiquement les inégalités qui la caractérisent, c’est que trop peu de ses membres sont persuadés qu’il faut renverser les hiérarchies et donner plus de pouvoirs à ceux qui en sont dépourvus, ou qui sont carrément exclus de l’ordre social dominant.
L’école est donc un excellent vecteur de reproduction de cette société inégalitaire. L’enseignant qui en prend conscience n’est pas à même de remonter seul le courant : il ne peut que s’y perdre corps et âme. C’est pourquoi se mettre en mouvement, afin de faire des choix ensemble, construire collectivement réflexions et pratiques alternatives pour faire avancer l’idée que l’émancipation des populations non reconnues est une urgence pour notre société.
Nous sommes persuadés que ces grandes options idéologiques doivent s’incarner dans les classes pour signifier quelque chose et infléchir un tant soit peu la réalité. Rien n’est moins simple, mais le partage d’expériences nous semble la voie à la fois modeste et royale pour y parvenir. Ce partage donne à voir des acteurs éducatifs qui, au jour le jour, scrutent leurs pratiques écoutent les élèves derrière leurs paroles et leurs comportements, travaillent les fiertés et le désir d’apprendre, interrogent les savoirs, intègrent différentes conceptions du monde, travaillent les questions de pouvoir et de démocratie… TRACeS de ChanGements est un des lieux de partages et de confrontations parmi ceux que notre mouvement désire offrir à ceux qui désirent s’engager. Notre revue prend ainsi place à côté du travail de formation et de réflexion mené par différentes équipes, mêlant tous travailleurs salariés et militants bénévoles. [1]
Par ailleurs, l’écriture est, pour celui qui s’y mouille, un moyen de transformation personnelle avant d’être une proposition de changement pour les autres.

Comment faire écrire ?

La recherche d’écrivains potentiels est un des aspects passionnants du travail de rédaction. Écrire sa pratique de telle sorte qu’elle soit utile et stimulante pour d’autres reste cependant très difficile : transmettre des questionnements, des essais et erreurs, des tentatives et débuts de chemin exige confiance et lucidité, mais aussi une certaine modestie et la conviction que des actes discrets mais « engagés » sont plus porteurs que beaucoup d’événements plus bruyants ou plus « présentables », trop souvent superficiels. Nous disons parfois en boutade qu’un bon récit de pratique a des traces de chairs et de sangs... Le comité de rédaction propose un accompagnement à chaque personne « débutante » qui se lance dans l’aventure.
Chaque année, aussi, un numéro de TRACeS est écrit par ses lecteurs. C’est dans ce but que notre équipe organise, durant un week-end, des ateliers d’écriture et de formation ouverts à ses lecteurs, aux membres CGé, aux militants pédagogiques.

Quelle place pour une revue papier dans le monde des ressources numériques ?

Nous donnons à notre revue papier un rôle bien distinct de celui de notre site Internet. Nous estimons qu’elle est un outil d’éducation permanente qui joue à la fois sur la profondeur de l’approche et sa validité dans le temps. L’outil Internet nous a permis de plus centrer chacun de nos numéros papier sur un thème indépendant des sujets d’actualités ou « dans l’air du temps ». Les informations concernant le mouvement, les débats d’actualités, les échanges d’idée, les liens avec d’autres mouvements et associations trouvent tout naturellement leur place sur le site. Environ six mois après leur parution, les articles de la revue sont mis en ligne, afin de faciliter un co-pillage créatif. Le bon vieux papier permet de produire un instrument de travail auquel accorder un certain temps, revenir en cas de besoin. Le papier, c’est transportable dans sa mallette, cela s’affiche en salle des profs, ça se partage avec les collègues. Grâce à la mise en page, les illustrations, les légendes, les exergues, il est possible de mettre l’accent sur des points essentiels de notre action tout autrement que sur un écran.

Comment se présente l’avenir de la revue ?

La solidité de notre avenir réside dans l’engagement des membres de notre comité de rédaction (tous bénévoles) et dans la force du travail collectif qui le caractérise. Comme dans les autres équipes du mouvement, les avancées de chacun se font sur le modèle du compagnonnage selon lequel les plus anciens épaulent les nouveaux, chaque production est prise en compte, valorisée et « tirée vers le haut » grâce à une lecture commune : c’est en travaillant qu’on apprend à travailler.

Natalie Rasson


[1Voir l’ensemble de nos activités et productions sur http://www.changement-egalite.be.