Dans cet ouvrage, qui lie apports théoriques, expériences de terrain et recherches, Arnaud Dubois et Muriel Wehrung, respectivement enseignant et principale de collège en Seine-Saint-Denis, appuient de monographies et de fiches techniques, les concepts qui sous-tendent leur pratique de l’animation des heures de vie de classe.

Les auteurs présentent des outils, mais aussi les conditions et les limites de la mise en œuvre de ces heures, qui doivent permettre de « faire de la classe un espace où chacun est appelé à s’engager dans l’institution pour trouver sa place et adhérer aux apprentissages ». Cette heure de vie de classe, loin d’être une nouvelle mission confiée au professeur principal, lui permet de renforcer son rôle et d’assumer pleinement sa fonction de mise au travail. Dans ces moments de régulation où le groupe est mis au service des apprentissages, la parole permet l’émergence du sujet et de son désir d’apprendre : « Il n’y a pas d’apprentissage possible sans désir d’apprendre, il n’y a pas de désir sans parole. »

Pour y parvenir, il s’agit alors d’animer. Ce verbe, employé dans le titre peut déjà heurter certaines conceptions relatives à l’identité professionnelle et à la formation des professeurs : s’agit-il d’animer, d’enseigner, d’éduquer ? Pour les auteurs, familiarisés avec le secteur de l’animation et de l’éducation populaire, une formation apparaît indispensable, qui doit porter sur le sens, l’esprit, les attitudes et les techniques d’animation d’avantage que sur les contenus ou les méthodes que demandent d’abord les professeurs. Il s’agit d’échapper à une conception mécaniste des fins-moyens et ne pas perdre de vue que l’objectif est surtout de créer de l’humain : de la parole, de la vie, du sujet, et de ne pas se laisser piéger par les enjeux institutionnels. L’heure de vie de classe apporte une réponse à la dimension mortifère de l’institution scolaire : « la vie est convoquée là où se déploie la pulsion de mort ».

Les référents théoriques sont ceux de la psychanalyse et de la pédagogie institutionnelle. Les concepts de « sujet », de « désir », de « tiers », de « transfert et contre transfert », de « processus instituant »… sont invoqués. Il n’est pas nécessaire d’être un spécialiste pour les comprendre, mais une formation doit permettre de les intégrer, au risque (plutôt souhaité) d’une remise en cause fondamentale, à la fois des pratiques de l’enseignant concerné, mais aussi de celles de l’ensemble de l’équipe éducative et du fonctionnement de l’institution scolaire. La pratique courante de l’heure de vie de classe implique d’autres garde-fous. Comment accueillir cette parole libérée, dont l’écoute apporte certains bienfaits à son auteur, mais qui est aussi faite pour demander du changement et être entendue ? Que faire de la remise en cause du professeur X, de l’élève Y ou de l’évocation d’une situation personnelle dramatique ? Deux niveaux de réponse sont proposés : l’animateur, souvent juge et partie, a besoin de distance, de régulation, il peut et doit recourir à des tiers. L’aide du conseiller d’orientation-psychologue paraît ici incontournable, car ces pratiques sont au cœur de sa professionnalité et l’orientation est l’un des aspects centraux du développement de la personne de l’élève, occupant une large place dans les heures de vie de classe. D’autres modes de régulation sont possibles, comme les groupes d’analyse de pratiques ou plus simplement le travail en équipe, c’est le deuxième niveau de réponse, car l’heure de vie de classe ne peut à elle seule permettre un travail collectif, elle implique d’autres lieux et d’autres moments où seront aussi évoqués les fonctionnements institutionnels. C’est là qu’est la difficulté principale, car on touche au pouvoir et au changement dans l’institution. L’heure de vie de classe fonctionne comme un analyseur social, elle révèle les fonctionnements des personnes comme des institutions et permet de les dépiéger. Mais que faire de ces révélations si elles ne s’accompagnent pas de régulations institutionnelles ? C’est la limite de cet ouvrage qui nous conduit à la porte des établissements avec le maximum de clefs, à partir de là, il appartient aux équipes éducatives d’apporter leurs réponses.

Jean-Michel Julita


Programmation 2014-2015

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