Yannick Mével
professeur d'histoire géographie EMC honoraire en collège et lycée puis formateur d'enseignants en IUFM/ESPE/INSPE dans l'académie de Lille. Auteur de Yannick Mével et Nicole Tutiaux-Guillon, Didactique et enseignement de l'histoire-géographie au collège et au lycée, Publibook-Université, 2013. Membre du comité de rédaction depuis mai 2005 Directeur de publication de 2017 à 2025.
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L’auteur confronte pour leur formation des enseignants à des paroles d’élèves recueillies lors d’entretiens filmés dans des collèges et des écoles. Une activité qui suscite des interrogations fortes autour du rapport au savoir et la relation entre professeur et élèves.
FEVRIER 1986. La Cinq, première chaine de télévision privée française, commence à émettre. L’un des propriétaires est Silvio Berlusconi. Au nom de la liberté d’expression, la gauche française ouvre la voie à une télévision entièrement tournée vers le divertissement, la publicité et le profit. La vulgarité des programmes inquiète. Comme à la radio en 1981 (« N’ayez pas peur, Ce sera tout à fait comme à la radio, Ce ne sera rien, Juste pour faire du bruit », avait chanté de façon prémonitoire Brigitte Fontaine en 1969), l’espoir des télévisions locales et alternatives sombre, vendu à la loi du marché. « Qu’est devenu le projet culturel de la gauche ? », se demandent alors bien des électeurs de gauche pourtant plutôt séduits par les innovations de Jack Lang. Les élections législatives arrivent dans le mois qui vient, la désillusion annonce une nette victoire de la droite. Les Cahiers pédagogiques s’interrogent aussi et consacrent le dossier du mois à la question « 81-86 : qu’est-ce qui a changé dans l’école ? », sans savoir précisément quel sera le résultat du vote. Jacques George y signe un article où il reprend l’histoire des Cahiers pédagogiques et des classes nouvelles : « 45-81-86… L’Histoire bégaie-t-elle ? ». Aujourd’hui, il suffirait d’ajouter deux dates : 2012-2017. Même motif, même punition ? À l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai aucune idée de la réponse : juste le constat de quelques concordances des questionnements et de la continuité des positions du CRAP-Cahiers pédagogiques telles qu’elles étaient exprimées dans l’éditorial du dossier. Le résultat de l’élection présidentielle de 2017, que mes lecteurs connaissent, oriente leur lecture dans un sens que j’ignore aujourd’hui, mais je sais qu’il leur fera penser, une fois encore : « Depuis le temps… » YANNICK MÉVEL
Septembre 1973. Le 11 septembre, le président Allende est tué lors du coup d’État militaire du général Pinochet à Santiago du Chili. Dans le monde entier, les progressistes sont en larmes. Cela n’a rien à voir, mais au même moment, les Rolling Stones chantent « Quand est-ce que ces nuages sombres disparaitront ? », tandis que Keith Richards égrène un arpège limpide qu’il renouvèle tout au long du morceau comme une fugue. Il peut arriver que les lecteurs réguliers de cette rubrique éprouvent à sa fréquentation la sensation qu’au bout du compte, « depuis le temps », rien ne change vraiment, tant certains des textes qui y sont repris pourraient, au prix d’une actualisation du style, passer pour des textes écrits aujourd’hui. Ce sera encore le cas cette fois. À la rentrée 73, le dossier principal des Cahiers pédagogiques est consacré à « l’audiovisuel », un minidossier l’accompagne qui traite de la principale innovation de la rentrée, l’introduction des 10 %, définie par une circulaire du mois de mars. Le ministre démocrate-chrétien Joseph Fontanet l’a imposée au Président Pompidou, beaucoup plus conservateur sur les questions scolaires, au prix d’un rabotage de son premier projet et à la condition que cela se fasse sans augmentation du budget. Au nom de la fédération des CRAP, Jean-Louis Bergeret, secrétaire général, expose la position nuancée du mouvement. L’un des contributeurs du dossier, Henri Bareil, développe un point de vue plus critique. La lecture de ces deux textes pourrait nous faire penser que, décidément, l’histoire bégaie. À moins qu’elle nous invite, en poursuivant l’écoute d’« Angie », à chanter avec Mick Jagger : « Tu ne peux pas dire que nous n’avons jamais essayé. »
Nous y sommes. Nous sommes dans ce futur que George Orwell nous avait annoncé glaçant. Ouf ! Le ministère de l’Éducation n’est pas devenu ministère de la Vérité contrôlant et confondant divertissement, information, éducation et beaux-arts. Les manifestations contre le projet Savary d’un grand service public de l’éducation ont détourné cette anticipation et jouent des peurs du contrôle étatique. À la télévision, Yves Montand anime une émission intitulée Vive la crise !, dans laquelle l’avenir est présenté sous le soleil radieux du marché triomphant. Au cinéma, le monde froid et inhospitalier de Dune, adapté de Franck Herbert par un David Lynch peu inspiré, montre un avenir sans espoir.
Mai 1979. « In the Navy, come on, protect the motherland… In the Navy, in the Navy » chantent les Village People. Alors que le groupe a réalisé un clip promotionnel pour l’US Navy, une campagne de presse parvient à le faire interdire de télévision du fait de la réputation sulfureuse du groupe. En France, on comprend […]
Avril 1961. Le lieutenant Youri Gagarine, à bord de la capsule Vostok 1, effectue le premier vol orbital autour de la Terre. À son retour, il est fêté en héros de l’Union soviétique et de la science mondiale. Jeannette Vermeersch, cadre du parti communiste français, célèbre l’évènement en affirmant : « Aujourd’hui, c’est la fête de […]
Janvier 1992. C’est l’hiver. Ni chaud ni froid, pas même pluvieux. En attendant, sans véritable enthousiasme, les JO d’Alberville qui auront lieu en février, on peut toujours aller au cinéma où sort le dernier film de John Carpenter, Les Aventures de l’homme invisible. Mais aller voir un homme invisible, bof. Autant s’intéresser au ministre de […]
émoignage d’un participant de cette belle manifestation qu’a été la première Biennale internationale de l’éducation nouvelle. Plus de 300 participants, cinquante-quatre ateliers, des tables rondes, des conférences, et beaucoup de convivialité.
Janvier 1995. À la télévision, la journaliste Arlette Chabaud demande à Jacques Chirac s’il maintient sa candidature à l’élection présidentielle qui aura lieu en mai. C’est que les sondages le donnent largement perdant ! Chirac semble passé de mode. Pourtant, il l’emportera. Certains prétendent que ce candidat sans programme a été porté par le succès médiatique de sa marionnette des Guignols de l’info : de « putain deux ans ! » à « mangez des pommes ! », cette marionnette aurait renversé le regard des électeurs sur l’homme : de l’ambitieux ringard au brave type sympa. Et de dénoncer là une dangereuse dérive de la politique et des médias. Au cœur de leur temps, comme il se doit, les Cahiers pédagogiques interrogent également, dans le dossier du mois, les « modes et dérives en pédagogie ». Jacques André et Cécile Delannoy, qui coordonnent le dossier, l’ouvrent ainsi : « Souffler dans le sens du vent “antisciences de l’éducation”, qui souffle parfois fort dans les milieux journalistiques, dans certains cabinets ministériels, dans les milieux universitaires, dans certains milieux politiques, ce serait céder aussi à une mode ! » Ne pourraient-ils pas écrire exactement les mêmes mots aujourd’hui ? Et l’article signé par Michel Tozzi que nous reproduisons ici, ne pourrait-il pas servir à interpréter certains effets de langage d’aujourd’hui autour des neurosciences, et certains engouements remplis de confusion sitôt qu’est prononcé le nom magique de Maria Montessori ? Michel Tozzi nous rappelle ce qui fait l’objet du dossier que le lecteur a aujourd’hui entre les mains : chaque dérive procède d’un renoncement paresseux à la pensée complexe. Yannick Mével
Comment, au cours de la formation des futurs enseignants, faire passer l’idée des bienfaits de la bienveillance ? C’est parfois délicat, car il faut d’abord la faire vivre pour que le professeur puisse l’incarner à son tour.