Yannick Mével

membre du comité de rédaction directeur de publication adjoint
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professeur d'histoire géographie EMC honoraire en collège et lycée puis formateur d'enseignants en IUFM/ESPE/INSPE dans l'académie de Lille. Auteur de Yannick Mével et Nicole Tutiaux-Guillon, Didactique et enseignement de l'histoire-géographie au collège et au lycée, Publibook-Université, 2013. Membre du comité de rédaction depuis mai 2005 Directeur de publication de 2017 à 2025.

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Esprit critique, es-tu là ? Esprit critique, es-tu là ?

Septembre 2000. « On se fout pas mal de la morale, on sait bien qu’on fait pas de mal. » Tout le monde chante le tube de la comédie musicale Roméo et Juliette, Les Rois du monde, qui veut résonner comme une critique des puissants enfermés dans leurs conflits de pouvoir et incapables de comprendre […]

Abonné Publié le 28 août 2022 Par Yannick Mével 12 min
Esprit critique, es-tu là ?
Fay ce que vouldras Fay ce que vouldras

Automne 1534. « Vous convient être sages, pour fleurer sentir et estimer ces beaux livres de haute graisse, légers au pourchas et hardis à la rencontre. Puis, par curieuse leçon et méditation fréquente, rompre l’os et sucer la substantifique moelle. » Rabelais s’attaque aux savoirs figés de la Sorbonne et vante dans Gargantua une éducation dont, depuis le temps, tous ceux qui cherchent les voies d’une pédagogie de l’émancipation se réclament. Jamais cette rubrique n’était remontée aussi loin dans le temps. Le lecteur attentif, voire tatillon, pourrait objecter que Rabelais n’a jamais écrit dans les Cahiers pédagogiques. Je ne cherche pas à le nier. C’est Jacques Drouet qui, en mars 1974, en proposait un pastiche à l’occasion d’une mini rencontre qui eut lieu au siège de l’association en octobre 1973 sur le thème « Autonomie des jeunes dans l’acquisition du savoir ». Pour comprendre quelque chose au propos, il faut décrypter constamment l’implicite : celui des références à l’abbaye de Thélème, celui du contexte de l’automne 73, celui de la réflexion pédagogique de ces années post68. Exercice difficile, sans doute, pour le lecteur d’aujourd’hui. Fallait-il alors retraduire ce texte dans une langue d’aujourd’hui, fallait-il signaler chaque référence, chaque allusion par une note explicative, fallait-il donner au lecteur, avant qu’il entre dans ce texte, les clés de la transcription dans « la langue de Rabelais » (du moins telle que notre auteur l’avait adaptée), pour éviter que tous ces implicites l’empêchent d’accéder à la « substantifique moelle » de la pensée de Jacques Drouet ? Les tenants d’une certaine pédagogie explicite auraient sans doute procédé ainsi. D’autres auraient choisi de faire confiance au lecteur, de l’autoriser à découvrir par lui-même quelques clés de lecture (« rompre l’os »), et même de lui permettre de renoncer à « tout comprendre » pour le plaisir de « fleurer, sentir et estimer » ce texte « de haute graisse ». Ai-je suffisamment explicité mon choix ? YANNICK MÉVEL

Abonné Publié le 28 août 2022 Par Yannick Mével 11 min
Fay ce que vouldras
Question sensible Question sensible

« Like a lady in waiting to a virgin queen. Look at that stupid girl. She bitches ‘bout things that she’s never seen. Look at that stupid girl. » Alors que « Michèle », la gentille chanson d’amour de Paul Mac Cartney, est au hitparade en France, les Stones enregistrent « Stupid girl ». Ce rapprochement dit autant la rivalité entre les garçons dans le vent et les bad boys du rock’n roll que l’ambigüité des rapports entre garçons et filles dans ces années 60 marquées par une libération sexuelle qui ne signifie pas égalité des sexes. Le dossier des Cahiers pédagogiques numéro 59, « L’éducation sexuelle », hésite lui aussi entre exaltation de la liberté (défense de la contraception) et défense du mariage comme institution permettant d’assouvir une sexualité contrôlée. Certains passages qui dénoncent l’homosexualité comme une « pathologie » disent le chemin que notre société a parcouru depuis ! L’introduction du dossier, signée François Goblot, résonne comme l’affirmation d’une ligne éditoriale à laquelle la revue adhère toujours : « La question de l’éducation sexuelle est très controversée, c’est pourquoi il importe de lui consacrer non un manifeste, mais un véritable cahier pédagogique, c’est-à-dire, selon une formule qui s’est peu à peu précisée depuis vingt ans dans cette revue, un dossier d’études théoriques, de réalisations pratiques, d’idées, de témoignages. Ces éléments sont hétérogènes et parfois contradictoires, et cependant il s’en dégage une leçon que chacun formule à sa guise, mais qui fait progresser l’étude des problèmes. Ce qui prouve que la liberté d’esprit est la condition de la recherche de la vérité. » Voici un extrait d’un très long article intitulé « Essai de définition » dont l’auteur présente différentes conceptions de l’éducation sexuelle. J’y ai retenu le passage qui discute la thèse de l’anarchosyndicaliste Daniel Guérin, défenseur d’une éducation sexuelle émancipatrice.

Abonné Publié le 28 août 2022 Par Yannick Mével 10 min
Question sensible
Science ou pédagogie, faut-il choisir ? Science ou pédagogie, faut-il choisir ?

Mai 1995. « Mangez des pommes », a répété chaque jour à la télévision la marionnette de Jacques Chirac dans une parodie de slogan qui a contribué, dit-on, à rendre le candidat à l’élection présidentielle sympathique. Dans la bouche de cette marionnette, manger des pommes était devenu la panacée. Problème de chômage ? Mangez des pommes. Problème […]

Abonné Publié le 28 août 2022 Par Yannick Mével 10 min
Science ou pédagogie, faut-il choisir ?
Pas si simple Pas si simple

Un problème = une cause = une solution ? Ce n’est pas si simple. Pour délimiter et accroitre le champ des possibles, la diversité des approches et le dialogue entre professionnels sont nécessaires.

Abonné Publié le 28 août 2022 Par Yannick Mével 7 min
Pas si simple
(Dès)illusions perdues (Dès)illusions perdues

Mai 1981 Ouvrir un numéro des Cahiers pédagogiques dont la date résonne si fortement impose une évidence étrange : au moment où ce numéro a été bouclé et envoyé à l’imprimerie sous l’autorité débonnaire du directeur de publication d’alors, Jacques Carbonnel, l’évènement ne s’était pas produit. Certes il était attendu, espéré sans doute, et anticipé plusieurs mois à l’avance pour qu’au moment de l’alternance, paraisse un dossier intitulé « Bilan idéologique » avec, sur le dessin de couverture, pour sous-titre « nos (dés)illusions perdues » qui laissait ouvert le commentaire des lecteurs à venir. Le dossier ouvre le débat sur le rapport des Cahiers à la gauche. Un dessin, non signé, fait dire à un professeur : « Finalement, ce qui fait qu’on est de gauche, c’est une profonde conviction personnelle de ne pas être de droite. » L’ensemble est coordonné par Yves Louis, qui affirme, dans l’avant-propos : « Nous ne renonçons pas, aux Cahiers, à avancer des idées, à les soumettre au crible de la critique et de la pratique, à les définir et redéfinir, dans un effort incessant et collectif, même et surtout si nous avons appris à fuir les théories globalisantes et réductrices. » Tous les membres du comité de rédaction apportent leur contribution à ce dossier particulier, et notamment Jacques Carbonnel, qui livre là l’un des plus beaux textes qu’il ait donnés aux Cahiers, dont il fut, pendant dix ans, de 1978 à 1988, le directeur de publication et membre du comité de rédaction jusqu’en décembre 2001. Ce texte reflète ses idées et sa voix forte, son accent et sa préoccupation, en tant que professeur d’EPS, de la place des corps autant que des esprits, sa sensibilité profonde et joviale. Il est, comme il se doit dans cette rubrique, entièrement ancré dans le passé et totalement d’actualité. Jacques nous a quittés le mois dernier. Yannick Mével

Abonné Publié le 28 août 2022 Par Yannick Mével 9 min
(Dès)illusions perdues
Banlieue rouge Banlieue rouge

Février 1982. « Elle travaille tous les jours, elle a un super boulot, sur l’parking de Carrefour elle ramasse les charriots. Le weekend c’est l’enfer, quand tous ces parigots viennent remplir l’coffre arrière d’leur 504 Peugeot, de quinze tonnes de lessive, de monceaux de bidoche, en cas d’guerre en cas d’crise, ou d’victoire de la gauche », chante Renaud à l’Olympia. L’état de grâce qui a suivi l’élection de François Mitterrand en mai 1981 s’achève. Dernier acte des grandes réformes, les réformes sociales (cinquième semaine de congés, trente-neuf heures, retraite à 60 ans) et les nationalisations viennent d’être adoptées. Pour autant, la vie quotidienne dans cette banlieue rouge que chante Renaud ne change pas. C’est l’économie qui a fait l’alternance politique et qui constitue plus que jamais la trame de nos existences. Le dossier des Cahiers pédagogiques du mois intitulé « De l’économie pour tous » interroge la place de l’enseignement de l’économie au lycée. Rédigé surtout par des enseignants de sciences économiques et sociales, le dossier insiste sur l’adversité dans laquelle cet enseignement s’est développé. Les auteurs décrivent et déplorent les résistances universitaires face à une discipline scolaire hybride, celles des ministères de droite contre sa dimension sociale et politique, celles du milieu enseignant face à ses méthodes innovantes et sa dimension critique. Cela prend un ton parfois polémique, comme ces mots de Pierre Autran : « Faute de pouvoir obtenir la disparition brutale d’une discipline qu’ils abhorrent, ils pratiquèrent la stratégie de la mort lente par asphyxie progressive et par concurrence favorisée. » Pour équilibrer le propos, le dossier donne la parole à un professeur de philosophie qui ose la question : « Et si elle n’existait pas ? » Yannick Mével

Abonné Publié le 28 août 2022 Par Yannick Mével 10 min
Banlieue rouge
Le droit de se taire Le droit de se taire

Mars 1977 : « I work all night, I work all day, to pay the bills I have to pay, Ain’t it sad, And still there never seems to be a single penny left for me, That’s too bad, In my dreams I have a plan, If I got me a wealthy man, I wouldn’t have to work at all, I’d fool around and have a ball, Money, money, money Must be funny, in the rich man’s world » Abba chante l’alternative des dominés : construire une émancipation collective ou s’en sortir individuellement en prenant la place des dominants. Dans le dossier du mois « Du pouvoir dans la classe », Francis Imbert, dans un long texte dont je ne vous livre que quelques extraits, montre que les réponses d’élèves de CM2 interrogés sur le changement dans l’école relèvent d’un conformisme de leur âge et sans doute de leur époque. Autant qu’est de son époque l’analyse institutionnelle de l’auteur. Une époque où les droits de l’enfant étaient régis par la Déclaration des droits de l’enfant de 1959, qui considérait les enfants comme des êtres à protéger et à éduquer et pas encore comme des individus pouvant accéder à une pensée autonome et à des droits d’expression, comme le fait la Convention internationale des droits de l’enfant de 1989. Qu’il serait simple et bon de considérer que cette évolution des textes fondamentaux a fait disparaitre dans l’école d’aujourd’hui les relents de cette école de la domination d’hier ! Une récente intervention sur la liste de discussion du CRAP-Cahiers pédagogiques nous oblige à en douter un peu, elle évoquait une appréciation de fin d’année d’une enseignante de moyenne section sur le travail d’un élève : « Bien mais trop de bavardages. » La conclusion de Francis Imbert vaut toujours ! Yannick Mével

Abonné Publié le 28 août 2022 Par Yannick Mével 11 min
Le droit de se taire