Faire son temps au quartier des mineurs
Pour apprendre, l’élève doit être capable de distribuer les évènements dans le temps à venir, de gérer l’instabilité du temps présent, d’effectuer des retours dans le temps passé et relier toutes ces dimensions. Un axe de travail s’impose alors : permettre à l’élève incarcéré de passer d’un temps contraint et morcelé à un temps linéaire et construit, vecteur d’apprentissage.
L’action pédagogique en milieu carcéral est rendue difficile pa le fonctionnement institutionnel lui-même : à l’extrême hétérogénéité des niveaux scolaires et aux parasitages liés à la situation carcérale. Ni l’enseignant ni les élèves ne maitrisent complètement le déroulement du temps. Nous sommes confrontés à un mouvement permanent, chaque jeune étant pris en charge pour une durée prévisible mais non définitive. La grande majorité des mineurs incarcérés le sont sur la base d’un mandat de dépôt, ils sont en attente de jugement. Les extractions pour des actes de procédure ou pour d’autres motifs sont souvent annoncées tardivement. D’autres évènements sont imprévisibles.
Il existe donc un flux continu d’entrées et de sorties. Les jeunes, qui n’ont souvent connu que l’immédiateté et l’impulsivité, attendent. Ils vivent plusieurs temps : temps de détention en journée, temps de détention nocturne, temps de parloir, temps d’école avec les « profs », temps d’école avec les enseignants de lycée, etc. Chaque temps est déconnecté des autres. Ce morcèlement ne permet ni la mise en projet ni la construction d’une identité. Il n’est pas rare de constater chez nos élèves des troubles de la symbolisation du temps et de la durée, de l’espace et des représentations mentales.
Afin de construire le temps, nous utilisons une organisation pédagogiqu…