Végétaliser une cour de collège, un projet collectif
Au départ, une intervention de Sophie Stephant, principale du collège Pierre-Curie de Bondy, lors de la journée lançant Climasco, dispositif de l’Éducation nationale visant à promouvoir l’enseignement du climat au sens large. Elle évoque le travail mené dans son établissement, dans le cadre d’un projet interacadémique « Une seule sol’ution, préservons les sols », conjointement avec l’OCE (Office for Climate Education). Avec deux enseignants d’histoire-géographie, Renan Puglisi et Cécile Tremosa, Sophie Stephant nous entretient des coulisses du projet Soilathon, qui a mobilisé deux classes de 5e et des « écovolontaires ».Nous voulions répondre à deux préoccupations : comment préserver les sols du collège ? et comment améliorer le cadre de vie au collège et le bienêtre des élèves ? Ont été impliqués deux classes de 5e et des élèves volontaires, les « écovolontaires », se réunissant durant la pause méridienne.
Nous avons d’abord inscrit le travail dans un cadre scientifique, pour que les élèves comprennent les enjeux d’une renaturation du collège à travers la géographie (les sols) et les SVT (la biodiversité). Cela a été complété par des visites : dans la forêt de Bondy, dans des établissements ayant mis en place une « végétalisation » (cours oasis), pour déboucher sur une journée de travail (comme pour une sortie scolaire) sous la forme d’un hackathon, où les élèves repenseraient les espaces de l’établissement pour changer vraiment le collège, au-delà de la végétalisation de la cour.
Il nous a semblé vraiment important que ce ne soit pas un projet qui vienne d’en haut, mais qui émerge de leurs propositions. Il fallait que ce ne soit pas déconnecté et que cela renvoie à des formes de changement de manière de vivre – en restant réaliste toutefois.
Nous avons invité une urbaniste du CAUE 93 (Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement de la Seine-Saint-Denis), venue parler des enjeux du mobilier scolaire, et un représentant du département afin d’étudier les contraintes diverses. Les élèves ont très bien compris qu’on ne pouvait pas faire n’importe quoi dans une cour de récréation. La question de l’inclusion est également apparue, et a émergé l’idée d’un « banc inclusif ».
La journée s’est déroulée en deux temps. La matinée a été consacrée à la réalisation de maquettes de la cour. Les élèves devaient proposer des projets d’aménagement répondant à plusieurs critères, comme la prise en compte des infrastructures de la cour (bancs, accessibilité) et de la nécessité que ce soit durable et adapté au changement climatique.

Une des maquettes réalisées par les élèves
Puis, l’après-midi, les élèves ont fait une présentation orale de leur maquette devant l’ensemble des groupes, professeurs et intervenants (du département, du CAUE, de l’OCE).
Chaque projet a été évalué par les pairs, pour faire ressortir les points forts de chaque maquette.
La cour actuelle est très minérale. Le collège a été rénové, les salles sont très belles, mais rien n’a été conçu en pensant au changement climatique. La cour, spacieuse, est totalement goudronnée. Et si un jardin pédagogique avec une mare a bien été mis en place, le collège reste minéralisé et gris. Or, c’est bien une revendication des élèves que le collège soit aussi un lieu de bienêtre.

Un plan de la cour repensée.
Cependant, si on souhaite planter des arbres, il faut étudier auparavant les espèces possibles en fonction des évolutions climatiques à venir. Dès lors qu’on envisage des cours de type « oasis », il faut se poser la question de leur usage, de leur entretien. On ne peut pas, par exemple, avoir des plantes qui drainent toute l’eau. Les élèves ont très bien pris en compte les différentes contraintes.
Ainsi ont-ils bien vu qu’on ne pouvait pas mettre en place des toits végétaux. Et la question des contraintes budgétaires a été bien perçue également.
Le projet a été présenté au Conseil départemental, avec l’espoir qu’il soit retenu et financé et que les premiers effets apparaissent durant l’année scolaire 2026-2027.
Nous avons également expliqué aux élèves que le changement se ferait à plusieurs échelons : à travers leur action, grâce au développement d’une culture d’établissement portée sur le bienêtre et les enjeux climatiques, mais aussi à l’échelle départementale, avec des projets de transformation qui nécessitent plus de temps. Ils pouvaient aussi attendre des résultats sans moyens ni travaux énormes. L’important, c’était leur bienêtre au collège.

Présentation des maquettes.
En fin d’année, les élèves impliqués dans le projet ont fait une restitution devant élèves, personnels et parents du collège, ont monté une exposition et sont devenus médiateurs auprès des parents, lesquels ont eu plaisir à voir le travail de leurs enfants, et d’être aussi acteurs de ce changement.
À la rentrée, les enseignants porteurs du projet espèrent essaimer et contribuer à construire une culture de l’environnement au collège, à travers les différents projets EDD (Éducation au développement durable) issus de la dynamique du Soilathon, avec les écovolontaires, avec d’autres classes, avec d’autres professeurs qui souhaitent contribuer à la transformation du collège.
De plus, les enseignants participent encore au projet interacadémique et souhaitent concrétiser certaines idées apparues sur les maquettes. Il y aura aussi un projet porté par la Fondation Hermès, qui permet à une classe de participer à la constitution d’un jardin au collège avec des intervenants issus d’une pépinière et avec l’accompagnement de botanistes et jardiniers.
La formation des enseignants est un élément important, aussi bien sous la forme de conférences que d’ateliers, et de rencontres avec des partenaires, comme le Muséum national d’histoire naturelle. Le biologiste Marc-André Selosse est intervenu dans le cadre du projet interacadémique sur les sols « Une seule sol’ution : protégeons les sols », auquel les professeurs participant au projet ont été conviés.
Des rencontres ont eu lieu avec des chercheurs du Muséum, dans le cadre du programme Vigie nature1, permettant l’étude des sols. Avec la volonté, à chaque fois, de coupler aspect théorique disciplinaire et travail sur le terrain, les élèves concernés (80 sur 575) acquérant ainsi une véritable expertise.
Plus que jamais, l’idée est de trouver des solutions collectives et citoyennes, en Seine-Saint-Denis comme ailleurs !
N. B. : Le projet Soilathon est mené également avec Claire Duchanois, enseignante de SVT, et Christine Croissant, enseignante du dispositif ULIS et référente EDD du collège Pierre-Curie de Bondy.
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