Penser la pédagogie en termes politiques
Ce qu’on doit apprendre, ce qu’on fait apprendre aux enfants est une question éminemment politique, et ce, depuis, au moins, Condorcet. Apprendre n’est pas un acte individuel, c’est un enjeu démocratique.
« Changer la société pour changer l’école, changer l’école pour changer la société » : cette phrase qui sert d’exergue aux Cahiers pédagogiques peut se réclamer d’une longue lignée de penseurs qui attribuent à l’école un rôle fondamental dans la formation du citoyen et dans l’élaboration d’une société régie par la sagesse, la justice et la solidarité.
Nous ne nous attarderons pas sur ceux qui, de Michel de Montaigne à Johann H. Pestalozzi, plaçaient l’éducation à l’esprit critique et à l’autonomie au premier rang des conditions pour que la société et les citoyens restent mutuellement soucieux de l’équilibre entre l’individu et le collectif. Soulignons, en revanche, chez Condorcet, le fondement d’un projet politique qui conditionne le fonctionnement de la démocratie à l’instruction et qui soumet l’instruction aux exigences de la démocratie.
Dans son « Rapport sur l’instruction publique », il déclare, en 1792 : « Offrir à tous les individus de l’espèce humaine les moyens de pourvoir à leurs besoins, d’assurer leur bienêtre, de connaitre et d’exercer leurs droits, d’entendre et de remplir leurs devoirs ; assurer à chacun d’eux la facilité de perfectionner son industrie, de se rendre capable des fonctions sociales auxquelles il a droit d’être appelé, de développer toute l’étendue des talents qu’il a reçus de la nature, et par-là, établir entre les citoyens une égalité de fait, et rendre réelle l’égalité politique reconnue par la loi : tel doit être le premier but d’une instruction nationale ; e…