Mesure ou arrangement ?
Le modèle évaluatif de l’école reproductrice des structures sociales n’est pas satisfaisant et repose sur la fiction de représentations et d’attentes qui seraient partagées dans tout le système éducatif. L’auteur propose ici le modèle de l’évaluation comme « arrangement » qui rend mieux compte de l’extrême diversité des pratiques évaluatrices des enseignants et du grand nombre de variables qui l’expliquent.
Une caractéristique surprenante de notre système éducatif et de la formation des maîtres mérite d’être dénoncée : les enseignants sont souvent ignorants des recherches menées depuis plus de soixante-dix ans sur la fiabilité de la notation alors même que la correction de copies est une partie importante de leurs activités. Cette méconnaissance est d’autant plus étonnante que les recherches aboutissent, autant psychologiques que sociologiques, à des résultats concordants : la notation d’un paquet de copies varie sensiblement d’un professeur à l’autre, d’un établissement à l’autre, d’une discipline à l’autre, d’une académie à l’autre. La notation est influencée aussi par le genre de l’élève, son origine sociale, un redoublement…
Comment expliquer l’influence de ces variables socioscolaires ?
Des entretiens avec les professeurs montrent que la notation des copies doit être comprise comme le résultat de contraintes contextuelles et de négociations explicites et implicites entre élèves et maîtres, comme des arrangements.