Tout déménager ?

Publié le Lecture : 28 min

Un collège où la reconstruction des murs a été aussi l’occasion d’une rénovation de la conception du métier, de l’enseignement, du travail collectif. Un nouveau départ.

À Nantes, dans le quartier Malakoff, quartier populaire de centre-ville, enseigner est difficile. Les hautes tours, l’isolement du quartier géographiquement enclavé entre la Loire et la gare, la pauvreté, le nombre de cultures différentes, le chômage font parfois de ce quartier un espace de non-droit. Décision a été prise de raser le collège Georges-de-La-Tour, pour le reconstruire 300 mètres plus loin et viser une plus grande mixité sociale. Autour de ce nouveau collège, de nouveaux logements, de nouveaux commerces, de nouvelles entreprises, de nouveaux espaces verts, une nouvelle piscine. Les anciennes tours sont rasées ou restaurées, les populations sont déplacées le temps des travaux, les collégiens prennent le bus pour gagner leur nouveau collège Sophie-Germain. Deux ans après cette migration, qu’est-ce qui a changé ?

Frédéric Schoumaker enseigne l’histoire et la géographie depuis onze ans dans ce collège. Il répond aux questions de Sylvie Grau.

Pour vous, quel est le plus grand changement dans votre relation aux élèves ?

Le professeur est de plus en plus considéré comme un professionnel de l’enseignement et moins comme un substitut parental. On se tourne désormais vers lui pour des interrogations intellectuelles plutôt qu’affectives. Ces transformations sont nettement plus sensibles en 6e et concernent des élèves extérieurs au quartier historique de recrutement du collège. Cependant, elles ont tendance à infléchir le comportement général des élèves.

Quel rôle jouent aujourd’hui les parents ?

À une confiance aveugle de parents peu investis dans la vie de l’établissement fait place une confiance plus raisonnée et critique du travail des enseignants. Cela se ressent lors des rencontres planifiées ou provoquées à l’initiative des parents, chose rarissime avant la mise en place de la mixité sociale.

Et dans votre organisation du travail, qu’est-ce qui a changé ?

L’histoire de l’établissement a forcément transformé l’organisation du travail et la manière de faire cours. En onze ans, j’ai pu observer de très nombreuses expériences pédagogiques. Toutes influencent obligatoirement nos manières de travailler, en nourrissant la réflexion. Le fort turnoveur des professeurs dans l’établissement a aussi été source d’expériences nouvelles. Tout l’enjeu d’une plus grande mixité est de satisfaire les attentes des uns (élèves et parents) sans oublier les autres, sans être minimaliste, en gardant de l’ambition dans les contenus et de l’inventivité quant à la forme. Quand on était mauvais lors d’un cours à Georges-de-La-Tour, on le savait vite : entre un « c’est déjà fini ? » et « monsieur, c’était nul aujourd’hui », nous n’avions que peu de questions à nous poser. À Sophie-Germain, parce que l’expression des élèves prend une forme différe…

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