Pour réussir la transition entre secondaire et supérieur

Réussir un passage demande de quitter le lieu d’où l’on vient et de s’acculturer au lieu où l’on arrive. L’université ne doit pas le négliger si elle veut éviter l’échec massif de ses étudiants.
Dans une perspective anthropologique, on peut se référer au phénomène des rites de séparation, de marge et d’agrégation qui signifient l’initiation. L’initiation évoque la notion de passage, d’entrée dans quelque chose de nouveau, de pénétration d’un univers inconnu. Celle-ci implique donc un parcours « hors » de ou « vers » quelque chose. Le moment de l’entrée est une initiation, pouvant signifier une seconde naissance, la conquête d’un nouveau statut.
Opter pour l’enseignement supérieur après avoir achevé ses études secondaires est un exemple authentique de l’expérience de passage dans le domaine éducatif. Les exigences et pratiques universitaires sont nouvelles et ne correspondent pas toujours aux catégories héritées des expériences scolaires antérieures. Ce qui change pour chaque étudiant concerne aussi bien son rôle d’apprenant, ses relations au sein de l’institution, son rapport aux études et au savoir que ses conditions de vie. Ces ruptures co-expansives sonnent le glas du moment conservateur lycéen et propulsent l’étudiant novice devant la scène d’un environnement éducatif radicalement différent.
Les fonctions de passage et d’insertion imposent une nouvelle socialisation : un sujet social pourvu de conscience et d’initiative, capable de se transformer, retrouve un degré plus important d’intentionnalité. Les étudiants sont appelés à appréhender les enjeux des études à l’université, à développer la capacité de changer et à s’adapter au nouveau contexte éducatif à travers un processus d’acculturation. Depuis plus de trois décennies, les données statistiques comme les enquêtes sociologiques révèlent qu’une proportion non négligeable des nouveaux étudiants inscrits à l’université éprouve de nombreuses difficultés lors du passage à l’université. Selon les dernières données publiées par la Depp et le ministère de l’Enseignement supérieur (2010), sur cent nouveaux bacheliers inscrits à l’université, soixante-sept s’y retrouvent toujours deux ans plus tard (quarante-trois en lice…