Nouveaux étudiants, nouvelles pratiques ?

La réforme des modalités de recrutement et de formation des maitres a réactivé un débat très classique : est-il nécessaire, voire possible d’apprendre à enseigner ? Il s’agira d’abord de réfléchir aux enjeux institutionnels et symboliques de cette question, avant de suggérer quelques éléments de réflexion sur les pratiques pédagogiques.
L’arrivée de nouveaux publics, issus de la démocratisation scolaire de l’enseignement secondaire, et la nécessité sociale accrue des diplômes ont redéfini les enjeux auxquels les universités sont confrontées. Du fait de la massification, l’université doit faire face à une hétérogénéité croissante de ses publics et à l’émergence de nouveaux étudiants, dont les modes de socialisation sont de plus en plus éloignés des pré-requis du métier d’étudiant.
Ainsi, le nombre d’étudiants dans l’enseignement supérieur et universitaire a explosé en France. Ils sont passés de 30 000 en 1900 à 250 000 en 1960 et 1,4 million en 1994. Il y a vingt ans, 15 % d’une classe d’âge allait à l’université, aujourd’hui, c’est 40 %. Cela a engendré une hétérogénéité des publics étudiants, mais un maintien des différenciations sociales1 : toute une série de facteurs se conjuguent pour expliquer le maintien de ces disparités : niveaux d’aspiration et représentations de la réussite, stratégies d’orientation, connaissance des circuits rentables en termes de titres et de débouchés sont liés aux savoirs et savoir-faire que favorise la familiarité des parents avec l’enseignement supérieur et le marché des emplois. L’élargissement et les transformations récentes du recrutement étudiant avec l’entrée massive de nouveaux bacheliers à l’université ont renforcé les différenciations sociales au sein des filières de formation. Il n’existe plus un seul modèle de carrières étudiantes et l’étudiant moyen n’existe pas : les « nouveaux étudiants » se distinguent des autres non seulement par leur assiduité et leurs résultats académiques, mais aussi par leur perception de la formation universitaire et leurs attentes pédagogiques (Charles Soulié, 2001). Plus important que l’origine sociale, le capital scolaire joue un rôle déterminant dans le comportement des étudiants. L’auto-sélection ou auto-élimination que connaissent les bacheliers technologiques, rapidement après leur entrée à l’université, s’explique notamment par le fait que l’acculturation universitaire ne se fait pas. Tous les étudiants ne sont pas étudiants au même degré. Ils ne mènent pas seulement des études différentes : ils entretiennent des rapports différents aux études.
Tous ces éléments engendrent des difficultés nouvelles pour les professeurs : des besoins nouveaux, des rapports au savoir très différents construits par les étudiants, des modes de…