L’évaluation de l’enseignement par les étudiants sur le chemin de la pédagogie universitaire

Publié le Lecture : 20 min

La mise en place de démarches d’évaluation de l’enseignement prenant en compte le point de vue des étudiants est obligatoire, d’après les textes officiels de l’université. Cependant, l’évaluation de l’enseignement par les étudiants (EEE) reste dans les faits encore peu développée, en particulier dans sa forme institutionnalisée.

Indissociable de la question du pouvoir, cette pratique interroge et reconfigure le positionnement des acteurs, la place des étudiants tout autant que celle des enseignants et des responsables universitaires aux différents niveaux opérationnel et politique. Notre analyse de la littérature montre que pour s’inscrire dans une réelle dynamique de régulation de la qualité de l’enseignement, l’EEE nécessite un certain nombre de conditions à différents niveaux, collectifs et individuels.

Bref historique du développement de l’EEE

Si l’évaluation de l’enseignement par les étudiants est relativement récente en France, et encore peu fréquente, elle est couramment utilisée en Amérique du Nord et plus généralement dans les pays de langue anglaise depuis plusieurs décennies. Doyle (1983) en retrouve les premières traces au début du XXe siècle quand, en 1926, les étudiants de l’université de Harvard ont élaboré ce qui est considéré comme le premier questionnaire d’évaluation de l’enseignement par les étudiants. Mais l’utilisation de questionnaires a commencé à se répandre dans les années 70, quand les étudiants ont réussi à obtenir une plus grande représentation dans les universités. L’origine de l’évaluation est donc contemporaine d’une autre position, plus active et engagée des étudiants par rapport à l’enseignement. Depuis, cette forme d’évaluation s’est fortement développée dans les universités américaines, mais aussi canadiennes et québécoises. Selon l’étude de Peter Seldin (1993), 29 % des collèges américains la pratiquaient en 1973, 68 % en 1983 et 86 % en 1993.

En Europe, les orientations retenues pour l’enseignement supérieur dans le cadre du processus de Bologne mettent l’accent sur l’autonomie des universités et sur la nécessaire évaluation de l’enseignement intégrant le point de vue des étudiants. Dans le communiqué de Prague (communiqué du 19 mai 2001), les ministres ont ainsi…

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