La réforme LMD, une rénovation pédagogique manquée ?

Publié le Lecture : 27 min

Il peut sembler curieux, voire provocateur, de parler de rénovation pédagogique à propos du LMD (licence master doctorat), alors que cette réforme a été décriée par les universitaires et les étudiants, et que, encore aujourd’hui, elle est évoquée comme une des causes des difficultés actuelles des universités françaises.

Je voudrais démontrer qu’en France, les universités ont partiellement raté une bonne occasion de rénover leurs cursus et d’améliorer leurs pédagogies1. D’abord parce que le LMD est le terme qui désigne, en France, le processus de Bologne (signé en 1999) et que la déclinaison française, imposée par le ministère de l’époque (en en changeant le nom), en 2002-2003, n’a repris que partiellement les objectifs de cette déclaration.
Ensuite, parce qu’au niveau des établissements français, la réforme s’est cristallisée sur la structure des diplômes (les maquettes), au lieu de s’intéresser à la qualité des formations qui était au cœur du processus de Bologne : lisibilité des offres de formation, compétences attendues, évaluation des acquis des étudiants, etc.
Enfin, parce qu’un certain nombre d’établissements ou de disciplines se sont servis de cette réforme pour rénover leurs formations, preuve qu’une rénovation est possible quand une communauté (étudiants, universitaires, responsables) en comprend l’intérêt.

Du processus de Bologne au LMD

Rappelons très rapidement l’histoire de cette réforme. Une des difficultés de l’analyse vient du fait que Bologne est un processus qui a considérablement évolué au fil des années. Nous commencerons donc par rappeler le contexte institutionnel, avant d’examiner le bilan du processus.
La Commission européenne avait déjà mis en œuvre, depuis 1987, le programme Erasmus de mobilité et d’échanges pour les étudiants et les enseignants. D’autres programmes se sont ensuite développés au sein du programme Socrates, puis du programme pour l’éducation et la formation tout au long de la vie : Comenius pour les écoles, Leonardo da Vinci pour la formation professionnelle, Grundtvig pour la formation des adultes, Tempus et Erasmus Mundus pour l’enseignement supérieur, etc. Depuis plus de vingt ans ont été également mis en place d’importants programmes de recherche européens2.

C’est dans ce mouvement que s’inscrit le processus de Bologne, même s’il n’est pas, au départ, une initiative de la Commission européenne, mais celles de ministres européens, et surt…

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