Enseigner aux enseignants… ou la pédagogie universitaire prise au mot

Apprendre à transmettre n’est pas encore une affaire entendue pour tous les enseignants. Elle semble si nécessaire pourtant. Pédagogie du supérieur, ou l’art d’intriguer les étudiants.
On connait l’un des paradoxes de la formation des enseignants, ou, au moins, de certains débats relatifs à cette formation : un professeur des écoles, des collèges ou des lycées est socialement institué et qualifié pour transmettre ce qu’il sait à ses élèves, dans l’ordre d’un programme ; mais il doit lui-même apprendre pour enseigner, c’est-à-dire prendre connaissance des savoirs de sa profession, dans un curriculum plus ou moins formel et en rapport plus ou moins direct avec sa pratique du métier. L’observation et la recherche sur la formation des maitres montrent que le souci d’instruire les élèves par le biais d’un discours théorique et magistral est en général proportionnel au refus d’être soi-même formé de la même façon, par des hautes écoles et des orateurs (les formateurs d’enseignants) jugés un peu ou beaucoup trop éloignés de l’action (Patrick Rayou et Agnès van Zanten, 2004). Pour le dire autrement, et d’une formule un peu sèche : plus nous autres, enseignants, sommes pressés de donner notre cours à ceux qui doivent nous écouter, moins nous semblons disposés à prendre des leçons à notre tour et hors de notre pratique, de manière décontextualisée.
Il y a, bien sûr, les débats politiques, qui oscillent entre trois préférences : former les maitres par l’immersion directe et sans discours préliminaires dans un bain de stages (« sink or swim », disent les Anglo-Saxons) ; renforcer, par ailleurs et en amont, leur préparation académique (la formation théorique supérieure du projet français de mastérisation) ; instaurer une alternance peut-être moins grossière (un dosage réflexif, progressif et accompagné) entre les expériences de terrain et les savoirs théoriques.
Mais même aux endroits où une telle alternance est possible, voire bien…