Elèves de banlieue pauvre et discours égalitaire
« La suspicion pèse toujours sur les mêmes, sur ceux que tout en eux, leur histoire et leur naissance […] désigne à la figure de perpétuels suspects », écrivait, il y a vingt ans, le sociologue de l’immigration Abdelmalek Sayad (dans « Immigration et “pensée d’État” », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 129, 1999). La distribution géographique des actions d’éducation à l’égalité entre les sexes à l’école aujourd’hui, prioritairement destinées aux enfants d’immigrés, toujours soupçonnés de sexisme, témoigne de la persistance de cette suspicion et de son articulation à des enjeux de genre et de sexualité.Largement sous-traitées au secteur associatif, et laissées à l’initiative des établissements dans un contexte de territorialisation croissante des politiques scolaires, les actions d’éducation à l’égalité entre les sexes tendent depuis le tournant des années 2000 à se concentrer dans les villes de banlieue pauvre et les quartiers populaires des grandes villes, c’est-à-dire sur le public racisé