Écrire sous une lune rouge sang (3)
Les mots sont trouvés, les figures de style apparaissent et le personnage voyage. La poésie s’écrit sous nos yeux.(Suite)
Après quelques instants, j’ai repris : « Très bien, maintenant on va faire pareil, mais en parlant de l’endroit d’où est parti notre personnage. Pour que ça parle à tout le monde, il faut que ça nous évoque des choses. Il faut qu’on puisse avoir un image dans la tête, ou même un bruit.
– On peut aussi parler de la France ? a demandé Derya. Parce que le personnage, il arrive quand même chez nous, à la fin.
– Bien entendu. »
Je n’ai rien dit alors, mais je me souviens avoir trouvé ça très beau, Derya qui disait « chez nous » pour parler de la France.
Les pages des cahiers étaient déjà bien remplies. Remplies surtout, il faut dire, de rayures, de ratures, de grands traits obliques ; aussi de quelques mots parfois soulignés ou surlignés. On pouvait souvent voir d’un côté des mots épars, écrits par-ci par-là, ou alors tous très rapprochés tout en haut à gauche de la page et souvent en tout petit (il s’agissait des propositions) ; aussi des vers très dignement alignés et presque calligraphiés : il s’agissait des phrases qui avaient été reportées au tableau.
Parfois, dans un seul et même cahier, on trouvait les mêmes mots presque honteux et rabougris sur la page de droite, tels qu’ils m’avaient été proposés, et régulièrement tracés sur la page de gauche, tels qu’ils avaient été recopiés du …