Un autre espace-temps pour apprendre

Publié le Lecture : 22 min

Un bilan de la situation des CDI et des documentalistes au mitan des années 1990 et des perspectives que l’on considèrera avec intérêt vingt ans plus tard…

« Elle attend la réponse d’un magazine qui doit l’embaucher comme documentaliste. C’est ce qu’elle a trouvé de mieux avec sa licence d’histoire de l’art. » (Yves Simon, La dérive des sentiments, 1991.)

Les professeurs disent au documentaliste (et le plus souvent à la documentaliste) : « C’est toi le plus tranquille ici : pas de classes, pas de copies, pas de conseils ». Ils lui disent aussi : « Je ne sais pas comment tu fais, tout le temps dérangé par quelqu’un… moi, je ne pourrais pas ». Perception contradictoire d’un travail dont une grande partie ne parait, précisément, pas être du travail, au sens donné traditionnellement à ce mot. Et pourtant, cette fonction ne préfigure-t-elle pas beaucoup de métiers de demain : informatique, contacts, réseaux ? Elle est en même temps la gardienne du passé par l’archivage de la documentation. Il y a dix ans les Cahiers pédagogiques consacraient un numéro à la documentation dans l’éducation. Sur quelles bases peut-on aujourd’hui rouvrir ce dossier ? Quel sens peut-on proposer à une fonction qui reste floue aux yeux de beaucoup, professeurs et élèves ? Quel usage pour les CDI qui, après des années de flottement, atteignent l’âge mûr ?

Une révolution documentaire ?

En dix ans, les évolutions ont été importantes, quantitativement et qualitativement, dans les réseaux de documentation et d’information d’abord, dans la fonction de documentaliste ensuite, et dans le système éducatif enfin.

Dans l’espace documentaire d’abord. Il est très à la mode aujourd’hui de proposer une définition du CDI en insistant sur le « D » et plus encore sur le « I » : « documentation » et « information ». Les formidables avancées technologiques que nous suivons au jour le jour sont revendiquées comme un axe de rattachement, d’appartenance, un pôle identitaire dur. Nous habitons le « village planétaire » de Mac Luhan. S’ouvrent devant nous les « autoroutes de l’information » du vice-président américain Al Gore. Épistémologiquement, on fonde les sciences de l’information. Fonctionnellement, les métiers s’adaptent : « Les travaux froids, de type herculéen, portage, lutte, agriculture… précédèrent les sociétés chaudes, industrielles, prométhéennes, mères des nôtres. Désormais…

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