Sentiments d’injustice et conflits de justice
C’est à l’école que les enfants et les adolescents sont confrontés à deux grands principes de justice : à priori, ils doivent être traités comme des égaux soumis aux mêmes règles, mais ils doivent aussi y être différenciés en fonction de leur mérite.
Pour les élèves, le bon maitre est celui qui parvient à la fois à traiter tous les élèves de la même façon et à reconnaitre le mérite de chacun. Et ce n’est pas facile ! L’école est aussi une institution qui accorde des droits aux uns et aux autres, aux adultes et aux élèves, mais des droits qui ne sont pas strictement identiques. Et là encore, ce n’est pas facile ! Les élèves attendent que l’école soit juste et se plaignent sans cesse des injustices qui les affectent. Cette plainte doit être prise au sérieux, mais les sentiments d’injustice peuvent avoir une dimension positive, dans la mesure où ils sont l’expression d’une autonomie morale par laquelle les élèves en appellent à des principes qui peuvent être retournés contre la soumission aux adultes. Comme le soulignaient Lawrence Kohlberg et Jean Piaget, on devient « grand » soi-même quand on pense que les grands n’ont pas forcément raison parce qu’ils sont les parents et les maitres. Un monde perçu comme parfaitement juste aurait toutes les chances d’être vaguement totalitaire.
Mais s’il peut être bon de se plaindre des injustices, les sentiments d’injustice changent de nature quand ils envahissent l’expérience des élèves et mettent en cause la confiance dans une école perçue comme fondamentalement injuste. Tout change de nature quand les élèves ou une partie d’entre…