Les voyages forment la jeunesse
Les conseils d’administration des collèges et lycées multiplient les plafonds financiers, les contraintes de calendrier et les conditions pour l’organisation de voyages scolaires. L’essentiel n’est pas là : si le voyage scolaire favorise les apprentissages et le développement personnel et collectif des élèves, alors, il faut en organiser. S’ils ne servent qu’au plaisir des accompagnateurs et à la détente des élèves, autant les interdire tout de suite.
Resté dans son ile, Polyphème (qu’on pourrait traduire comme le « roi de la tchatche ») ne peut qu’être abusé par la ruse d’Ulysse aux mille tours. N’ayant pas oublié de se présenter comme « Pas un », Ulysse ne compte même pas pour un. Et ce grand naïf de Cyclope de le croire, lui qui ne voit pas le relief des choses. Pourquoi rappeler cet épisode dans un texte qui entend faire le point sur le rôle du voyage dans l’éducation ? La première raison tient à ce que le voyage permet la découverte de l’autre et donc, indirectement, de soi-même en tant qu’être humain. La deuxième me semble liée à l’importance du voyage pour l’insertion dans le monde à laquelle l’école de la République peine à trouver une réponse adaptée. Enfin, en supposant levée cette hypothèque, il convient de trouver une voie d’accès au savoir que seule une pédagogie du faire peut réserver alors que celle du dire, celle de Polyphème, peut être critiquée pour son abstraction.
On n’apprend que peu de choses en restant immobile dans sa chambre, même si le voyage immobile prôné par les Décadents, à commencer par Baudelaire, a eu son heure de gloire. « Tout récit est un récit de voyage, une pratique de l’espace » a écrit Michel de Certeau dans L’invention du quotidien. Autrement dit, les quatre murs de l’école, le huis clos de l’établissement assurent la mise en sécurité sans laquelle il n’est pas d’apprentissage possible. Mais cela ne veut pas dire qu’il faille voir la forme scolaire comme un dépouillement, un ascétisme qui ne prennent sens que pour qui connait leur antonyme, le luxe, le calme et la volupté.
Freinet ne s’y est pas trompé quand il a inventé deux des composantes de sa méthode naturelle : la correspondance sco…