L’école peut-elle être encore un lieu d’éducation ?
Cette question faussement irrévérencieuse, posée notamment par les acteurs éducatifs qui s’inscrivaient dans le courant de la pédagogie institutionnelle, procédait d’une prise de conscience qu’il ne suffit pas de mettre des enfants ensemble dans une classe avec des enseignants pour qu’il y ait éducation. En 2012, cette même interrogation nous revient.
Tandis que les classes moyennes et favorisées s’adonnent à une débauche de formation, de loisirs et d’initiations, les enfants des classes populaires sont, quant à eux, renvoyés vers le rabâchage scolaire, l’accompagnement, le soutien, la réussite éducative, l’aide aux devoirs en attendant la mise sous contrôle de leurs parents, soupçonnés de trop de laxisme. La mise en évidence de la logique de toutes les évolutions en cours est repérable pour ceux qui prennent un peu de recul : l’éducation, broyée, cède la place d’une part à une sorte de grand marché pour les uns, et, d’autre part, pour d’autres, à la contrainte, au signalement, au suivi, puis à la prison ! (20 000 nouvelles places de prison sont ainsi en cours de création).
Pour les enfants et les jeunes issus de familles favorisées, l’éducation, anciennement assurée par le milieu et les institutions, est remplacée par un grand supermarché mondial ; l’école, réduite au minimum, en temps et en ambition, laisse beaucoup de place pour toutes les activités de complément, culturelles ou prestigieuses, qui sauront apporter de l’assurance et de la distinction à ceux qui les fréquentent, depuis la maternelle, jusqu’aux grandes écoles. Pour les autres, enfants pauvres, l’école, au contraire, devient un espace prédictif et pénalisant qui envahit la vie familiale et remplace les loisirs par des prescriptions périscolaires ou rééducatives. Les parents sont alors mobilisés pour assurer et garantir ces dispositifs.
Des pressions directes ou indirectes s’exercent depuis les collectivités e…