Le déplissement de la pensée
Philosopher avec des enfants porteurs de handicap ne va pas de soi. Des ateliers menés auprès de ces enfants prouvent que l’on peut avoir la même exigence avec eux qu’avec les autres, et que la portée de cet accompagnement permet aux jeunes de se penser au-delà du handicap et de développer des compétences réflexives indispensables à tout individu.« L’enfant n’est pas un vase qu’on emplit, mais un feu qu’on allume », écrivait Montaigne en 1580. Cette citation résume bien l’esprit de la pratique du philosopher avec les enfants et les adolescents, et ce, quelle que soit leur situation. J’ai eu l’occasion, durant les 17e Rencontres internationales sur les nouvelles pratiques philosophiques à l’Unesco, en novembre 2018 à Paris, de pouvoir intervenir sur la pratique philosophique avec des enfants porteurs de handicap moteur ou cognitif, et sur la pertinence de cette pratique en services d’éducation spéciale et de soins à domicile, institut thérapeutique éducatif et pédagogique ou ULIS.
Doit-on proposer à ces jeunes une pratique adaptée, allégée, voire au rabais, ou au contraire doit-on se fixer les mêmes ambitions et les mêmes exigences intellectuelles qu’avec les enfants dits « valides » ? S’est imposée d’abord l’idée du respect du droit à l’éducabilité pour tous, partant du droit à philosopher pour tous. Si l’on veut respecter la Convention internationale des droits de l’enfant et les préconisations ministérielles, il faut ouvrir ces structures éducatives à la pratique de la philosophie. Dans la droite ligne de la Déclaration universelle des droits de l’homme, cette convention affirme la primauté de la personne : « L’être hum…