Le chercheur propose, les enseignants mettent en musique

Publié le Lecture : 24 min
Entretien avec Jean-Philippe Lachaux, concepteur du programme Atole (mais pas tout seul !), dont il va être beaucoup question dans le dossier.
Dans l’article « Attention » du Dictionnaire de pédagogie coordonné par Ferdinand Buisson au temps de Jules Ferry, on peut lire ceci : « L’enseignement ne commence que quand tous les enfants ont pris une attitude droite et recueillie […]. Le maitre doit veiller à ces signes extérieurs : une tenue penchée, des yeux vagues, un visage morne annonçant l’indifférence ne doivent pas être tolérés. […] Celui qui ne sait pas écouter avec attention commettra des oublis, des bévues, des fautes. » Il est question d’ailleurs d’un avenir où il faudra bien recevoir et suivre des ordres, y compris dans la vie militaire. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

D’abord, je constate évidemment un décalage avec la vie de classe d’aujourd’hui. J’ai discuté récemment avec une journaliste sud-coréenne et elle me décrivait l’attitude des enfants en classe là-bas. Cela correspond assez bien à cette réalité d’antan en France. Mais certains enfants coréens sont tellement fatigués par le rythme scolaire qu’ils s’endorment en classe. Alors bien sûr, ils ne bougent pas dans tous les sens et ils ne bavardent pas, et la Corée est bien classée dans les évaluations PISA, mais qu’en est-il de leur bienêtre ? On ne peut revenir au temps où l’attitude des élèves était sculptée à coups de baguette !

D’ailleurs, l’attitude peut être trompeuse. Un enfant calme et qui se tient bien peut être en train de rêvasser. L’attitude corporelle est une indication, mais elle ne traduit pas forcément l’attitude mentale. On peut se tenir droit avec la mâchoire serrée en se répétant qu’on déteste son professeur et sa matière, au lieu d’écouter.

Enfin, et c’est le plus important. Je pense qu’il est grand temps de repenser totalement notre rapport à l’attention, surtout chez l’enfant. La concentration est encore considérée comme une contrainte imposée à l’esprit par la force : une tension, une pression qui ne demande qu’à être relâchée. Dans cette optique, être concentré, ce n’est pas drôle, c’est un effort.

Notre programme Atole (Attentif à l’école) vise à faire voler en éclats cette conception si fortement ancrée : des sportifs, des artistes, des c…

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