La menace fantôme

Notre très regretté ami, Jean-Pierre Astolfi, ancien rédacteur en chef des Cahiers, répliqua avec humour et pertinence à Gilles de Robien, ministre de l’Éducation nationale d’alors, qui voulait imposer une méthode unique aux maîtres d’école.
- Méthode globale
Interrogeons-nous donc un instant sur cette « menace fantôme », avec laquelle d’ailleurs François Bayrou avait déjà commencé son mandat ministériel, alors pourtant qu’il était président sortant du Groupe permanent de lutte contre l’illettrisme (GPLI), ce qui aurait dû le rendre moins amateur. N’annonçait-il pas qu’on allait évaluer les méthodes de lecture et généraliser celles qui marchaient ? Six mois après, il n’en était plus question… sans doute après que ses services lui eurent expliqué qu’on n’arriverait pas au résultat espéré…
Mais force est de constater que les ministres ne sont pas seuls en cause, et qu’ils ne font qu’exprimer une représentation sociale de la lecture, puissamment enracinée et largement partagée. J’ai ainsi pu constater récemment, en discutant avec mes propres enfants (aujourd’hui parents), qu’ils sont persuadés d’avoir appris à lire par le « b-a-ba ». Je sais pourtant qu’il n’en est rien, mais même en retrouvant les supports didactiques qui furent les leurs, je constate qu’ils peinent à changer de conviction. Pire encore, sur le mur de la chambre où dorment les petits-enfants, est accroché un poster alphabétique dont chaque case associe un dessin, un mot et une lettre. Quelle ne fut pas ma surprise en entendant un adulte de la famille s’exclamer : « La voilà la méthode globale… ! », alors même qu’il observait le prototype m…