Éloge d’un dérailleur

Gabriel a été placé sous la protection de l’ASE (Aide sociale à l’enfance, une compétence des conseils départementaux) lorsqu’il était en CE2. Pendant trois ans, il a fréquenté la classe externalisée du centre éducatif et scolaire de Bezannes, un foyer de l’enfance de la Marne sous convention avec l’Éducation nationale.
Les premiers échanges avec lui mettent en évidence une réalité tristement commune à ces enfants « incasables » : absence de prérequis socioculturels, cadence trop rapide en classe, méthodes pédagogiques qui ne prennent pas en compte son « profil », difficultés scolaires, échecs, clashs, ruptures, sentiment de nullité, impuissance, marginalisation, décrochage scolaire. La liste est longue, le cercle vicieux, implacable. Le peu, voire l’absence de perspectives, la souffrance, la détresse psychologique engendrent des réactions stéréotypées inadaptées de défense (crises violentes, fugues) ou de fuite (inhibition, dépression), ce qui anéantit toute capacité d’adaptation à l’école.
Gabriel arrive en classe un matin d’octobre avec un cartable vide qu’il traine derrière lui tel un boulet. Il est indisponible, en colère, envahi, « empêché de penser ». Il a sans doute peur, aussi, de l’endroit, des adultes inconn…