Des limites du postulat d’éducabilité dans le champ du handicap
Est-ce que le postulat d’éducabilité ne finit pas parfois, dans certains cas, par confiner à l’acharnement? Y a-t-il des limites à poser aux difficultés, voire à la souffrance, que l’on occasionne aux enfants pour leur faire faire des progrès, parfois hypothétiques?
Dans le film de François Truffaut L’Enfant sauvage, il y a une scène qui met mal à l’aise. L’histoire est celle de Victor de l’Aveyron, enfant sauvage recueilli et éduqué par le docteur Itard. Le bon docteur a arraché Victor à tous ceux qui étaient incapables de voir le petit d’homme derrière le sauvage, il lui a donné un nom et entreprend de l’éduquer, c’est-à-dire, étymologiquement, de l’arracher à la sauvagerie pour le conduire vers l’humain. Homme des lumières, lecteur de l’Émile, Itard croit en l’idée rousseauiste de perfectibilité et décide d’envisager Victor d’abord sous cet angle : c’est la naissance du postulat d’éducabilité. Comment actualiser cette perfectibilité inhérente à l’humanité enfouie au fond de la sauvagerie, dont nul n’a favorisé l’éclosion ? Itard le sait (ou le décide) : l’humanisation passe par l’accès au langage. Il s’agit donc de lui apprendre à devenir sujet par le langage. Pour ce faire, le docteur suit les conseils de Rousseau : il observe.
À force d’observations, il c…