Apprendre, oui, mais quoi ?
Quels contenus enseigner ? Pour préparer à quelle vie ? Répondre à ces questions suppose de faire preuve de lucidité et de courage politique.
À quoi sert l’école, en fin de compte ? On conviendra que ce n’est pas une fin en soi. Si l’on y place d’autorité les enfants puis les adolescents, c’est pour qu’ils en sortent préparés à la vie, sinon totalement, du moins mieux que s’ils n’avaient pas été scolarisés.
Mais préparés à quelle vie ? Cette question devrait être au centre du débat. Or, elle est rarement posée aussi crument. Sans doute parce qu’elle met en lumière une réalité désagréable : tous les jeunes ne vivront pas la même vie. Les uns entreront dans la vie active à l’issue de plusieurs années d’études universitaires, les autres seront projetés dans le chômage ou des petits boulots à 15 ans, d’autres encore se situeront entre ces extrêmes. Cela en fonction de leur réussite scolaire, liée aujourd’hui comme hier à leur origine sociale. Comment l’école pourrait-elle préparer ouvertement à des vies aussi différentes ?
Si elle ne peut préparer à toutes les vies possibles, l’école obligatoire ne devrait-elle pas accorder la priorité à ceux qui entreront dans la vie à l’adolescence, démunis de diplôme ou faiblement qualifiés, ceux qui auront le moins de moyens de se défendre contre la crise, l’exploitation, la précarité, la pauvreté, la marginalité, la complexité ? Est-ce ce qu’on observe ? Nullement. L’école prépare avant tout à elle-même, autrement dit aux études longues. La scolarité obligatoire est construite comme une première initiati…