Suivre la voie d’Anaximandre
L’auteur travaille sur la question du développement de l’esprit critique depuis de longues années et on a pu lire ses propositions dans notre revue depuis 1993. Il explique ici pourquoi il n’est « jamais trop tôt pour s’y mettre ».
Que cognition et émotion forment un couple inséparable, voilà plus de quarante ans que de nombreux neurobiologistes ont fait ce constat, mais cela ne va pas toujours de soi. Car cela nous fait rentrer dans la pensée complexe et dialogique. La spécialisation simplifiante des sciences continue et même si les neurosciences sont beaucoup plus à la mode aujourd’hui que lorsque je les ai quittées pour rejoindre les sciences de l’éducation en 1991, nous trouvons, souvent publiés de manière distincte, des travaux des « neurosciences affectives » et ceux des « sciences cognitives » fondées par Howard Gardner reposant sur une métaphore forte qui est celle de l’informatique.
Utilisant cette représentation cérébrale complexe du jeune pour nos recherches sur la violence et l’échec scolaires, et constatant que chez les élèves concernés existait un déficit d’autorégulation, nous avons pu démontrer que si nous donnions aux jeunes les moyens éducatifs de s’autoréguler, de « penser ce qu’ils ressentent et de sentir ce qu’ils pensent », alors la violence et l’échec scolaires devenaient réversibles.
Pour s’autoréguler et penser ce qu’ils ressentent, les jeunes ont besoin d’une carte plus précise d’eux-mêmes comprenant trois systèmes de motivation. Ils vont ainsi apprendre à distinguer trois sortes de plaisir, selon que leur pensée se ferme ou se dogmatise ou qu’elle s’ouvre ou se dédogmatise. C’est seulement dans ce cas que l’esprit critique peut…