Se libérer des dominations
Auteur en 1977 d’un « essai sur la tutelle scolaire » : Le domestique et l’affranchi, Daniel Hameline nous livre, près de cinquante ans plus tard, ses réflexions à la relecture de plusieurs contributions du présent dossier sur la fonction émancipatrice de l’école.Je venais à peine de terminer la lecture des textes qui m’ont été adressés par les coordonnateurs de ce n° 600 des Cahiers pédagogiques, qu’il était l’heure de descendre prendre mon thé – un excellent Keemun black – selon mon habitude de vieillard dans sa quatre-vingt-quatorzième année.
Mes lectures et les notes prises avaient encore sur moi leur effet. Elles m’ont immédiatement conduit à me poser une question : au fond, étais-je autonome à l’égard de cette habitude de mon « petit quatre-heures » ? Ou cette accoutumance s’imposait-elle à moi à la manière d’une authentique addiction, contrainte mentale dont il me serait pénible, voire insupportable, de m’affranchir ? Rien, selon toute apparence, ne m’obligeait à me soumettre à ce diktat de l’habitude. Rien, non plus, ne me faisait un devoir de rompre avec elle au nom de ma liberté à l’égard de mes penchants réitérés à consommer cette boisson à heure fixe.
C’est alors que mon épouse (bientôt 85 ans), qui lisait le journal dans la salle de séjour, s’est levée pour me le passer : j’aime assez le feuilleter en buvant mon thé et, parfois, m’arrêter vraiment sur l’un ou l’autre des articles. Elle le sait. Mais le faisant, comme à l…