Peut-il y avoir excellence sans élitisme ?
Agrégée de mathématiques, passée par l’ENS, l’autrice revient sur son parcours, s’interroge sur l’adéquation entre sa formation et son métier d’enseignante, ainsi que sur les effets néfastes de ces parcours d’élite pour ceux qui les suivent comme pour ceux qui en sont exclus.Dans les années 65-70, le parcours scolaire d’excellence se déroulait ainsi : lycée classique (dès la 6e), bac série C, classes préparatoires et, pour les « scientifiques », école d’ingénieur, ou (mieux) École normale supérieure (ENS). Mes parents, qui n’avaient pas eu accès à ce type de sommets scolaires, pensaient que c’était un but à donner à leurs enfants. J’étais docile, j’ai suivi ce chemin, jusqu’à l’ENS de Fontenay et l’agrégation (de mathématiques, tant qu’à faire).
Si c’était à refaire, et si j’étais un peu plus rebelle et un peu plus lucide, je ne referais pas ce chemin ! Non que je n’aie pas ressenti, et apprécié, certains des avantages que mes parents visaient : une formation intellectuelle solide, un métier assuré, une position qui me permettrait, m’a dit mon père le jour de mes résultats d’agreg, « de dire m… à tout le monde ». Ce qui n’était pas vraiment la réalité !